    10 000 et plus : le nombre de Syriens arrêtés au Liban depuis 2011 pour meurtre, vol, trafic de drogue et viol
  Encore un chiffre révélateur d’un Liban pris dans la tourmente syrienne. Le poids effrayant des déplacés syriens porte atteinte à la sécurité de l’Etat et à l’entité libanaise. Le gouvernement doit prendre les mesures adéquates pour réduire le nombre de ces déplacés et rétablir la sécurité. Entre-temps, ses prisons sont sur le point d’exploser et son économie est de plus en plus grevée. Malheureusement il semble que lesdits déplacés resteront au Liban de longues années encore.


    66 milliards de dollars : le montant de la dette publique
  Cette dette se répartit entre les devises étrangères (pour 39%) et les livres libanaises (pour 61%, ce qui équivaut à un montant de 40 milliards de dollars).
  Les données publiées par les autorités budgétaires et monétaires sur les détenteurs de la dette publique révèlent que les banques libanaises portent au total 57% de la dette de l’État, c’est-à-dire plus de 37,5 milliards de dollars.
  La vie politique continue à être dominée par deux coalitions, celle du 14 mars et celle du 8 mars, qui ont la haute main sur le gouvernement. Face à une dette publique aussi énorme, chacune ferme les yeux sur la corruption qui la ronge et s’offusque des indices du même mal dans la coalition adverse.


    226 : le nombre de jours que le Liban a passé sans président
  Le mandat du président Michel Sleiman a pris fin dans la nuit du 24 au 25 mai. Les tours de vote successivement organisés pour élire un président de la République n’ont pas abouti au choix d’un candidat consensuel. Le pays a donc basculé depuis le 25 mai dernier dans un vide présidentiel. Les députés libanais ont consacré « la suprême vacuité » à la tête de l’Etat. Il ne faut pas trop leur en vouloir, nous dit-on, ils ne sont que des pions et non des décideurs. Triste consolation dans une démocratie de pacotille.
  D’autant que le vide présidentiel est directement responsable du dérèglement de l’exécutif. Les conseils des ministres de 2014, après le départ du chef de l’Etat, ont enfanté les « ministres-présidents », des ministres qui ont vu leurs pouvoirs décuplés parce que tout décret émis en Conseil des ministres a besoin de la signature de chacun d’entre eux. Chaque ministre impose alors ce qui lui chante, menaçant le conseil de blocage. C’est l’escalade du clientélisme et de la corruption.


    136 : le rang qu’occupe le Liban selon l’indice de perception de la corruption
  La lutte contre la corruption n’est pas et n’a jamais été la priorité de nos gouvernements successifs. Le Liban est classé 136ème sur 177 pays, selon l’indice de perception de la corruption 2014 élaboré par l’ONG Transparency International.
  Lancé en 1995, cet indice a gagné en crédibilité et s’est imposé en plaçant l’enjeu de la corruption sur l’agenda des politiques publiques au niveau international. Les pays sont classés selon la perception de la corruption dans le secteur public. La parution de cet indice envoie un message fort aux gouvernements, afin qu’ils prennent acte et réagissent en conséquence. Tout au moins les gouvernements qui se respectent.
  L’indicateur de corruption du Liban est considéré comme élevé. Il établit clairement que le pays des cèdres est hautement corrompu.


    60% : le pourcentage de prêts bancaires qui sont des prêts au logement
  La Banque du Liban offre ces prêts aux banques à un taux d’intérêt de 1%, à condition que lesdites banques accordent des prêts aux institutions et aux individus à un taux d’intérêt qui avoisine les 5 ou 6%.
  La majorité des prêts va donc au secteur résidentiel et aux prêts résidentiels. Ce taux (plus de 60% des prêts bancaires soutenus par la Banque du Liban étaient en 2014 des prêts au logement) sera maintenu en 2015.


    180 000 : le nombre de familles jetées à la rue si la nouvelle loi des loyers est appliquée
  Une nouvelle loi des loyers a été adoptée par le Parlement et publiée dans le journal officiel du 8 mai 2014. Un recours en invalidation a été déposé par les députés du « Bloc du Changement et de la Réforme » contre ladite loi.
  Un comité d’avocats, présidé par Adib Zakhour, s’est également mobilisé contre cette loi, considérant qu’elle était inapplicable par le fait même que des centaines de milliers de citoyens risquaient de se retrouver à la rue.
  Les locataires concernés n’ont cessé d’organiser des manifestations de protestation contre une loi qui menacerait l’entité même de la ville de Beyrouth, en expulsant de leurs maisons ses habitants les plus modestes.


    45 000 : le nombre d’emplois perdus dans le secteur du tourisme
  Le chiffre d’affaires total du secteur touristique a chuté d’environ 64% cette année par rapport à l’année 2010, et précisément de 7 à 2,5 milliards de dollars. Il faut voir dans l’insécurité régnante la cause principale de cette chute. Les hôtels ferment leurs portes les uns après les autres ; sur les 150 000 travailleurs du secteur, 45 000 ont perdu leur emploi au cours des quatre dernières années, soit 30% du total des effectifs. Un drame social.
  En comparaison avec 2013, le tourisme a poursuivi sa baisse de près de 14%, de concert avec la diminution des exportations libanaises de plus de 38% et celle des investissements externes de 60% environ. En plus de ses implications sociales, cette baisse a entraîné la contraction des facteurs de croissance économique.


    Des centaines de milliards de dollars : les bénéfices de futurs revenus pétroliers

Nicolas Sarkis
  Suite aux levés sismiques bidimensionnels et tridimensionnels face à la côte libanaise, les estimations préliminaires indiquent la possibilité de l’existence d’un stock d’environ 96 billions de pieds cubes de gaz naturel et 860 millions de barils de condensat et de pétrole brut. Ces chiffres doivent être examinés avec une certaine réserve, les opérations de forage pouvant se révéler décevantes. Cependant, à titre de comparaison, notons que les stocks découverts dans les eaux israéliennes sont estimés à environ 36 trillions de pieds cubes de gaz, qui rapporteraient à Israël un revenu d’environ 170 milliards de dollars… Au Liban, en additionnant les stocks potentiels de pétrole et de gaz, les estimations préliminaires indiquent un revenu possible d’un montant double, soit environ 340 milliards de dollars.
  Le gouvernement ne s’est toujours pas penché sérieusement sur ce dossier. Tout au contraire : le secret enveloppe totalement la politique pétrolière libanaise – et cette absence de transparence ne fait qu'inciter au versement de pots de vin aux responsables.


    3 200 milliards de livres libanaises : le coût de la nouvelle grille des salaires ?

Adnan el-Hajj
  2014 a été jalonnée par les sit-in et les grèves demandant l’adoption de la nouvelle grille des salaires de la fonction publique. Le gouvernement et la Chambre des députés ne sont pourtant toujours pas parvenus à harmoniser les sources de financement de la grille des salaires avec les recettes destinées à combler le déficit budgétaire.
  Le chiffre de 3 200 milliards de livres libanaises a été avancé quelques mois avant la fin de 2014 pour estimer le coût de la « grille ». En vérité il n’existe pas d’estimations fiables pour jauger son coût réel ou ses retombées. Au cas où la fameuse « grille » serait adoptée, l’inflation consumerait le pouvoir d’achat des salariés et menacerait toutes les indemnités versées par l’Etat, dans un contexte de détérioration de la situation financière.

  Il convient d’indiquer que la banque d’investissement américaine Merrill Lynch avait considéré que la nouvelle grille des salaires était le principal risque fiscal pour le Liban.


    24 000 dollars par jour : le prix à verser pour l’amarrage des pétroliers dans les ports libanais

Elie Ferzli
  Le déficit du secteur de l’électricité a atteint des proportions accablantes. Le gaspillage, évalué à quelques centaines de milliers de dollars, est énorme. Des voix se sont élevées pour organiser l’arrivée des pétroliers au lieu de les laisser amarrés des mois entiers dans les ports libanais dans l’attente du déchargement de leur contenu, d’autant plus que les droits d’amarrage se sont élevés en 2014 à 24 000 dollars par jour. Le Liban pourrait économiser environ 300 milliards de livres libanaises grâce à un simple rétablissement des contrats déjà signés avec le Koweït et l’Algérie pour l’importation de carburant, au lieu de reverser des sommes mirobolantes aux intermédiaires.


    29 millions d’euros : la contribution libanaise au Tribunal spécial pour le Liban en 2014
  Le Tribunal spécial pour le Liban est un tribunal à caractère international qui a pour mission de poursuivre en justice les personnes accusées d’avoir perpétré l’attentat du 14 février 2005, lequel a fait vingt-deux morts, parmi eux l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
  Le 6 novembre 2014, le Tribunal spécial pour le Liban a confirmé avoir reçu du gouvernement libanais sa contribution au budget de l’année 2014, soit la somme de 29 347 003,50 euros très précisément, correspondant à 49% du budget du Tribunal, le reste provenant de contributions volontaires des États. Cette somme a été virée sur le compte bancaire du Tribunal par le gouvernement libanais.
  Outre le montant exorbitant de la contribution, la classe politique libanaise et la population continuent à être totalement divisées sur l’efficacité de ce tribunal, comme sur la pertinence de son mécanisme d’action.


    113 : la place qu’occupe le Liban en termes de compétitivité globale
  Le Forum économique mondial (World Economic Forum) publie un rapport annuel sur la compétitivité globale des pays. Selon son dernier rapport, le Liban occupe en 2014 la 113ème place sur 144 du Global Competitiveness Index (GCI), avec une note de 3,7 sur 7. La performance est plus que mauvaise : le Liban est en recul par rapport au classement de l’année précédente (103 sur 148).


    Un million deux cent mille : le nombre de déplacés syriens au Liban
  Depuis le début de la crise syrienne, le Liban accueille un très grand nombre de déplacés syriens. Le taux de chômage des jeunes Libanais a atteint 36% alors que le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’a cessé de faire pression sur le Liban pour qu’il émît des permis de travail en faveur des déplacés syriens. Le Liban a réagi de façon humanitaire à l’égard des Syriens, mais il tente de rappeler aux Nations Unies – en vain semble-t-il – qu’il refuse de subir des injonctions internationales en ce qui concerne ce dossier, et qu’il faudrait privilégier les intérêts du pays hôte, sa sécurité comme sa main- d’œuvre.


    567 projets et 1200 activités : le bilan de Beyrouth Capitale mondiale du Livre
  L’Encyclopédie de Beyrouth Capitale mondiale du Livre a paru en 2014, recensant en mille pages illustrées l’année 2009 où Beyrouth fut honorée de ce titre. 567 projets et 1200 activités représentent le bilan de cette année, qui constitue la plus grande mobilisation culturelle et éducative de l’histoire du Liban. 49% des organisateurs des projets et des activités de Beyrouth Capitale mondiale du livre sont issus de la société civile (35% d’associations et 14% d’individus), ce qui en fait l’événement de la société civile par excellence. 50% des projets mis en œuvre s’inscrivent dans un développement culturel durable.


    70 000 : le nombre de visiteurs du Salon du Livre francophone de Beyrouth
  Ce chiffre révèle la résistance des Libanais sur le front culturel. Le salon, qui en est à sa 21ème édition, a eu lieu du 31 octobre au 9 novembre 2014. Il a été suivi de la Foire internationale du livre arabe qui s’est déroulée du 28 novembre au 11 décembre 2014 et qui en est à sa 58ème année. On déplore le manque de statistiques officielles pour la fréquentation de la foire, ce qui laisse le champ libre aux acteurs concernés en matière d’estimations (contradictoires comme il se doit, et amplifiées par les médias).


    95 : le nombre de députés qui ont dit oui à la prorogation du mandat du Parlement
  Mercredi 5 novembre 2014, le Parlement libanais a prorogé son mandat de deux ans et sept mois, après une première prorogation de dix-sept mois, le 31 mai 2013.La prorogation a été votée à 95 voix, en l’absence des députés du Kataëb et du Courant patriotique libre qui s’y opposaient.Les députés du Tachnag, présents à la séance, ont pour leur part voté contre.
  Le mandat du Parlement - élu en 2009 et prolongé donc une première fois en 2013, à quelques jours des législatives - devait expirer le 20 novembre 2014. Cette prorogation de mandat, qui sonne le glas d’une démocratie déjà mal en point, a été très mal accueillie par un peuple qui n’a plus rien à espérer de cette classe politique.


    30 : le nombre d’années de détention de Georges Ibrahim Abdallah dans les prisons françaises
  Georges Ibrahim Abdallah est un militant communiste libanais engagé dès la fin des années soixante dans la résistance palestinienne et libanaise contre la colonisation et l’occupation sionistes. Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il est condamné en 1987 à la réclusion à perpétuité, pour complicité dans  l’exécution d’un agent des services secrets israéliens et d’un attaché militaire américain. Le montage policier et judiciaire qui a permis sa condamnation a depuis été dénoncé par de hauts personnages de l’Etat français. En 2003, la juridiction de Pau autorise sa libération, mais sur ordre du ministre de la Justice, suite à une intervention des États-Unis, l’appel du procureur général fait annuler cette décision. Cela fait donc 30 ans que la justice française maintient Georges Ibrahim Abdallah en prison. Le Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah continue à soutenir la cause de celui qui est devenu le plus ancien prisonnier politique en France.


    8 : bientôt le nombre de chiffres à composer pour appeler un mobile
  Le ministère des Télécommunications s’apprête à élargir le réseau cellulaire, et pour cela il a l’intention d’ajouter le code 02 aux numéros de téléphone mobile. Ceux-ci compteront désormais huit chiffres au lieu de six. Cette mesure révèle la forte demande en matière de téléphone portable au Liban. Une priorité parfois incongrue dans certains ménages qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.


    88 : l’âge auquel Sabah est décédée
  Mercredi 26 novembre 2014 s’est éteinte la fameuse chanteuse libanaise Sabah. La presse a glorifié la diva – mais aussi les politiciens libanais qui ont aussitôt rejoint le cortège des lamentations. Qui a dit que Sabah était morte sans avoir de quoi se soigner ? Personne. Qui a écrit qu’elle devait solliciter des aides avant chaque hospitalisation ? Personne. Qui s’est indigné que Sabah faisait partie de ces artistes condamnés à subir la déchéance et finir leur jours dans le dénuement ? C’est bien de glorifier les artistes morts ; les aider à préserver leur dignité quand ils sont vivants est encore mieux. Quand les lamentations des politiciens se transformeront-elles en politiques publiques, dont une politique culturelle digne de ce nom, à même d’assurer une fin honorable aux artistes ? Quand notre amour de l’art et des égéries se développera-t-il en un utile mécénat ?

Ancien conseiller du ministre de l’Economie et du ministre d’Etat pour la Réforme administrative, Leila Barakat est aujourd’hui chef d’équipe d’experts dans un projet de développement mis en œuvre en Jordanie.