Beyrouth prend le tramway
Assem Stétié
En ces temps de ténèbres où les cœurs s’obscurcissent, vidés de toute compassion et de tout amour, où le feu qui consume les hommes à vif dévore aussi les livres saints, me revient le souvenir d’une époque heureuse ; j’entends le tramway et revois la Beyrouth d’autrefois, elle m’habite avec ses places, ses souks bruyants et animés, elle qu’on assassina bientôt, avec préméditation, pour ériger sur ses ruines des constructions d’une plastique irréprochable mais sans âme, réservées aux nantis. Mon cœur n’a pas oublié la maison en grès construite par mon père pour y couler des jours paisibles avec ma mère. A la porte d’entrée, le jasmin aux branches indolentes, planté de ses mains, accueillait les visiteurs de ses effluves parfumés ; il s’est desséché et son parfum s’est tari de tristesse à la disparition de mon père. J’ai gardé en mémoire les rosiers grimpants accrochés à la clôture de fer forgé, les senteurs pénétrantes et vivifiantes de l’acacia, avec ses grappes de fleurs jaunes et veloutées, le scintillement des gouttelettes d’eau dansant à la surface du bassin, l’ivresse du jasmin d’Arabie accompagnant le café du matin, la rivière
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