Leila Barakat
Le Safir francophone ou l'engagement

A l'ère des extrémismes, la presse modérée devient orpheline. Si, aujourd'hui, les médias libanais vivent une crise d'ordre financier sans précédent, force est de constater que ce sont les journaux les plus circonspects qui en sont le plus frappés. Dans cette phase de guerres irrationnelles qui embrase la région, il semble bien plus aisé de trouver des financements pour l'attisement des conflits que pour la pondération des idées.
Notre concept est le suivant : le quotidien As-Safir est un journal modéré, qui prêche la paix, la tolérance et la résolution des conflits de la région par la voie de la négociation. Propager la pensée politique de ce quotidien, et telle est la mission essentielle du Safir francophone, c'est en quelque sorte propager la modération et conforter la stabilité.
C'est que « la modération doit être le premier soin de l'homme ». Il y va, en tout cas, du salut de la région pour les décennies à venir.
Cela sur le plan régional. Sur le plan local, As-Safir va encore plus loin, indiquant souvent la voie à suivre à une classe politique qui emmène insouciamment le Liban à la dérive, lui proposant des solutions tangibles pour sortir de l'impasse. « La raison discute. La sagesse oriente. La connaissance aiguise la vision » : cette classe politique, As-Safir tente d'abord, tous moyens confondus, de la convaincre. Au besoin, il la sermonne, il la réprimande. Dans ce sens, As-Safir remplit une fonction d'éducateur, et la crème de ses articles constitue souvent un véritable enseignement politique.

éditions précédentes
Des paradoxes du « printemps arabe »
Fadia Kiwan
2014-04-07

Nous sommes tentés de formuler beaucoup de réserves à l'égard de l'expression utilisée avec tant de naïveté par la plupart des média - aussi bien occidentaux qu'arabes « progressistes » - pour désigner les mouvements de colère qui ont éclaté dans différents pays arabes depuis janvier 2011. Cependant, cette expression est devenue tellement familière que son utilisation s'impose justement pour souligner les contradictions de ses manifestations et quelques grands paradoxes qui les ont accompagnées.
En effet, les milieux scientifiques « surpris » par l'éclatement de la colère des peuples arabes, peinent encore à lui donner un nom : soulèvement ? insurrection ? révolte ? révolution ?!... Mais les évènements se succèdent quel que soit le nom qu'on leur donne, et ils dévoilent jour après jour ambiguïtés, contradictions et incertitudes.
Nous avons choisi dans le présent article de nous pencher sur deux paradoxes de ces mouvements qui concernent directement les femmes.
D'une part, les mouvements de colère et de contestation ont témoigné d'une très large participation spontanée des femmes. Des femmes de tous les milieux sociaux, de tous les milieux culturels et politiques, de tous les âges, de tous les niveaux d'éducation, de tous les milieux professionnels, se sont retrouvées dans les rues, sur les places publiques. Elles ont exprimé leur colère, leur indignation, fait des sit-in, participé à l'organisation des mobilisations massives, aux campagnes médiatiques, à la gestion logistique, à l'aménagement et au nettoyage des places publiques…
Côte à côte avec les hommes, jeunes et moins jeunes, de tous les milieux également, elles ont fait spontanément et naturellement acte de présence. Elles ont participé à la réalisation de l'histoire sociale… Mais elles ne portaient pas de slogans propres. Cela peut être compris comme de la dignité ou de la fierté de la part des femmes, qui, une fois de plus, se seraient dit que le salut de la société nationale passait avant « nos revendications » sectorielles, ou encore, elles auraient pensé que cela allait de soi, que les régimes démocratiques auxquels les masses aspiraient seraient forcément des régimes favorables à l'égalité des droits et à

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