A l’heure où la situation économique porte le fardeau d’une dette qui a dépassé les 70 milliards de dollars, où les conditions sociales régressent, où le chômage des jeunes augmente et où le nombre de déplacés syriens présents sur notre territoire dépasse le million et demi, Roger Nasnas, président du Conseil économique et social, a réuni une équipe d’experts dans plusieurs domaines pour réfléchir principalement à la question suivante : « Quelle économie sociale pour quel Etat ? » Du fruit de cette réflexion est né Le Liban de demain : vers un développement économique et social, une version mise à jour et augmentée de l’ouvrage du même nom élaboré il y a quelques années, et qui propose des politiques et des mesures pour rediriger le secteur économique vers la voie du développement.

L’ouvrage met en lumière les réalités suivantes :
- Au cours des dernières années, les indicateurs de croissance ont régressé pour devenir nuls vers la fin de 2015 ; et l’intérêt porté par la communauté internationale à l’économie libanaise a nettement faibli.

- La pauvreté touche 38 % de l’ensemble de la population, en particulier les ouvriers, les journaliers et les saisonniers ; dans 45 % des familles libanaises, au moins un membre a émigré, et le taux de chômage s’est élevé à 11 % du nombre de travailleurs.

- L’absence de régime d’assurance maladie après la retraite et de régime de retraite dans le secteur privé est une réalité très dangereuse, car les indemnités ne peuvent couvrir qu’une petite partie des années de retraite.

 

Le ton de l’ouvrage est critique par rapport au néolibéralisme sauvage :

« L’engagement du Liban à partir des années 90 dans la mondialisation a comporté bon nombre de lacunes (...) L’entente nationale conclue à la fin de la guerre civile a coïncidé avec la prédominance nette, au niveau global, des théories économiques néolibérales exprimées de manière décisive dans le "consensus de Washington" (Washington Consensus) dont ont découlé des appels à la libéralisation des biens et services, à l’exécution de l’ajustement structurel, à la réduction du rôle de l’Etat et à la promotion de "l’économie de l’offre" (Supply Side Economy). Dans ce sens, un certain laxisme s’est fait ressentir dans l’adoption d’une politique de "laissez-faire" et dans l’empressement manifesté pour la libéralisation des échanges commerciaux réalisée au moyen de négociations ambiguës menées avec l’Organisation mondiale du commerce et dans le cadre de l’Accord de partenariat euro-méditerranéen, qui n’a toutefois pas pu garantir les conditions d’un équilibre relatif des intérêts en jeu. Cela a conduit à une perte de l’obligation de protection de la production locale sans contrepartie convaincante, à l’exacerbation du déficit commercial et à l’augmentation de la dépendance vis-à-vis des marchés étrangers…

Le modèle économique prévalant n’a pas réussi, sur le plan social, à améliorer les conditions de vie de larges groupes de travailleurs, d’où la baisse de la part des salaires dans le produit intérieur en cours, face à une augmentation des gains en capital et des rentes. Cette baisse a été régie par un dysfonctionnement croissant entre les prix à la consommation et l’évolution de la moyenne du salaire effectif. De même, les indices d’inégalité et de discrimination dont souffrent les travailleurs se sont creusés encore plus par rapport au volume et au type de bénéfices effectifs accordés par les prestations sociales et les services publics de base, plus particulièrement en ce qui a trait aux services de retraite, à la santé et à la qualité de l’enseignement, à l’électricité, à l’eau, au transport public, à la protection sociale et à l’assistance fournie aux personnes handicapées... Et les Libanais déplorent l’absence d’un régime d’assurance fournissant un appui aux chômeurs au moment où s’exacerbe la question du chômage... Enfin, les indices d’inégalité sont nombreux en ce qui a trait à la distribution des droits fiscaux. »

Humaniser l’économie libanaise : 
Dans ce contexte, les réformes proposées par les experts (auxquelles manque cependant la réforme administrative) sont multiples. Il faut ainsi modifier et développer les politiques économiques, revoir le niveau des prestations sociales grâce à un régime de retraite qui profiterait à tous les Libanais, remplacer les assurances maladie par un régime global qui couvrirait tous les habitants, adopter un régime d’allocation chômage, développer le cadre législatif et institutionnel du marché de l’emploi... L’ouvrage propose dans le détail un nouveau régime d’assurance vieillesse pour le secteur privé, qui assurerait un « minimum vieillesse ». L’ouvrage en bref entend redéfinir les objectifs de la croissance, centrés sur l’amélioration du niveau de vie, afin que l’économie puisse assurer les éléments essentiels du contrat social, en priorité l’éducation, la santé et les prestations de retraite. Dans cette nouvelle vision, l’établissement d’un contrat social moderne a sa part belle, un contrat qui incite à l’essor économique tout en garantissant la justice sociale.