Après la victoire de la droite aux Etats-Unis, les regards se tournent à nouveau vers l’Europe, siège de la social-démocratie, pour chercher un renouveau humaniste dans le système des idées occidentales. C’est l’Allemagne qui représente le berceau historique du mouvement social-démocrate, dont les penseurs ont offert des contributions sans égales. Malgré cela, la social-démocratie souffre d’un recul significatif de sa popularité (elle ne représente plus qu’un cinquième des voix environ) pendant que progressent les partis d’extrême droite, qui jouent notamment sur la peur suscitée par les vagues de réfugiés du Moyen-Orient de ces deux dernières années. La social-démocratie en tant que construction intellectuelle ne défie en aucun cas le système capitaliste mondial courant ni ses fondements : tout ce qu’elle souhaite est le contrôle et la rationalisation de ce système, dans un contexte d’équilibre et de négociation entre blocs antagonistes, représentant les intérêts du patronat et des ouvriers.(…)

La social-démocratie face au néolibéralisme
La progression de la mondialisation s’est accompagnée d’une montée en puissance des propositions idéologiques de l’école du néolibéralisme, de sorte que celles-ci sont devenues la colonne vertébrale de la pensée mondialiste. (…) Et si le néolibéralisme a totalement triomphé aux Etats-unis, jusqu’à un passé proche l’Europe constituait encore un rempart contre sa souveraineté intellectuelle.
(…) La social-démocratie n’a pas à court terme un avenir clair en Occident, malgré l’existence de conditions objectives favorables à son épanouissement. Cela est dû au rejet des sujets d’ordre social, pourtant fondamentaux, et à l’exploitation du thème de l’immigration, arguant d’un « choc des civilisations et des religions », comme c’est le cas en Allemagne et ailleurs en Europe, l’extrême droite ayant inventé toute une panoplie de ce genre pour détourner l’attention des véritables causes du mal-être, et ayant vu son efficacité idéologique s’accroître face aux sociaux-démocrates.
Le contrôle des décisions des grandes institutions en Occident est toujours entre les mains de quelques individus qui servent des forces invisibles et contrôlent des dizaines de milliers d’opportunités d’emploi ; or cette situation n’est pas conforme aux principes de la démocratie. De manière générale, le pouvoir économique se transmute en pouvoir politique, ce qui reflète les contradictions du système de valeurs européen occidental, en opposition avec ses fondements mêmes. Parce que si les fusions entre des sociétés géantes garantissent aux pays européens des parts de marché plus importantes et des débouchés plus vastes à l’exportation, ce qui présage que le niveau de vie de leurs sociétés va perdurer, il n’en demeure pas moins que c’est au mépris de leurs principes incrustés dans le marbre, notamment ceux de la sécurité sociale et de la justice pour tous.
Et si les sociaux-démocrates ont historiquement critiqué « la main invisible » qui met en mouvement les forces du marché et les maintient en équilibre, selon le concept capitaliste traditionnel, ils ont toujours demandé que cette « main invisible » soit associée à une main visible et connue de tous, capable de contrôler l’économie et par suite la politique également ; parce que ce ne sont pas les forces du marché qui sont chargées de dessiner le futur de centaines de millions de personnes, mais bien les parlements et les gouvernements élus démocratiquement.(…)