Bientôt on dira que le temps du confessionnalisme boiteux est terminé. Car s’annonce le temps du confessionnalisme pur et exclusif. Le Liban a atteint un état de pureté sectaire et confessionnelle. Avec l’élection du général Michel Aoun, le nouveau président n’est pas le seul gagnant, c’est le confessionnalisme qui enregistre ses plus grandes victoires sur les Libanais. Le Liban est en train de devenir confessionnel à cent pour cent.
Il était prévu que le Liban, après son indépendance, progresse du statu quo confessionnel vers un parcours national. Le pacte national stipulait que l’abolition du confessionnalisme politique était un objectif fondamental et qu’il fallait mettre tout en œuvre pour le réaliser. Il a été dit qu’après les guerres confessionnelles le temps de l’espoir était arrivé. Il a été dit que l’heure de l’abolition du confessionnalisme serait un moment historique. Mais c’est exactement le contraire qui est arrivé. La classe politique libanaise vient de réhabiliter le système confessionnel. Le nouveau Liban à venir est un succédané de l’ancien. Il sera juste par son injustice, parce qu’il est basé sur l’alliance des injustes et le séparatisme des communautés, la démission de l’idée nationale. Dans ce système, les représentants « légitimes » des communautés décident de leur quota, et il n’est pas permis aux marginaux, qui possèdent un esprit, une âme et une conscience autonomes, de représenter qui que ce soit à l’extérieur de la communauté. Le général Aoun est le plus fort dans sa communauté, il est donc de son « droit communautaire » d’obliger les autres représentants légitimes de leur communauté à l’élire, comme l’a fait jadis Rafic Hariri quand il a arraché son « droit » de représenter les sunnites, fort de sa fortune et du soutien de l’Arabie saoudite et de la Syrie – un « droit » que possède de père en fils Walid Joumblatt en tant que représentant des druzes, un « droit » qu’a exercé Nabih Berry avec virtuosité et qu’a repris le Hezbollah. Les droits de ces représentants légitimes imposent leur servitude à tout un peuple qui n’a plus, quant à lui, le simple droit de demander des comptes. Cela peut encore empirer si la « loi électorale orthodoxe » est adoptée, laquelle interdit aux listes d’inclure un seul intrus. Tout député n’aura qu’à suivre son troupeau. Les problèmes augmenteront, parce que le confessionnalisme est la source des crises et fait naître les obstacles. Chaque solution ou décision requiert l’unanimité, sans quoi on brandit la menace du « pacte national ». C’est le temps de l’hiver des nations.