Quand Saad Hariri est monté à la tribune de la Maison du Centre, pour déclarer haut et fort qu’il apportait son soutien au candidat à la présidence de la République Michel Aoun, c’était en présence de pléthore de furieux fortement opposés à cette décision, considérant qu’il soutenait ainsi « l’ennemi historique, existentiel et sempiternel », situé à l’exact opposé du « haririsme » politique. Pour eux Aoun a toujours été un détracteur féroce du « haririsme », et les deux courants politiques, « aounisme » et « haririsme », sont inconciliables.
De fait, Saad Hariri ne s’est montré accommodant à l’égard de son ennemi de toujours que parce qu’il y était contraint, sachant que l’Arabie Saoudite a rompu ses liens avec lui en tant que leader « agréé », choisi pour mettre en œuvre son agenda et son projet politique au Liban. L’Arabie Saoudite a même pris l’initiative de créer des chefs locaux qui disputent à Hariri le leadership de la communauté sunnite, et ses dirigeants n’ont eu de cesse de le marginaliser ; pire, ils lui ont coupé leurs aides financières et ont bloqué l’argent de ses sociétés pour rembourser ses dettes à l’État saoudien, puis, non contents d’assécher ainsi toutes ses sources de revenus financiers, ils l’ont humilié en lui accordant plusieurs audiences qui étaient annulées aussitôt qu’il arrivait au royaume ! En ce sens, on peut penser qu’Hariri, désespéré d’être traité de la sorte, a soutenu Aoun pour ne pas quitter l’arène politique, supposant qu’en essayant de changer de camp il sauverait peut-être sa tête et se réserverait une place dans la nouvelle configuration du paysage politique libanais, tout en profitant au passage pour rappeler aux princes saoudiens qu’un amour à sens unique ne suffit pas pour que perdure une relation.