Malgré sa position géographique, qui la place loin des zones de conflits, la Suède a été touchée de plein fouet par l’actuelle crise des migrants. Avec un ratio d’un migrant pour cent habitants, la société suédoise est en proie à une importante remise en question, entre acceptation de l’autre et montée des périls.
La Suède est depuis plus d’un demi-siècle une terre d’accueil pour de nombreux opposants politiques et victimes de guerres. Neutre lors de la Seconde guerre mondiale (1939-1945), la Suède accueille alors des milliers d’Allemands et de Danois victimes du nazisme. Durant les années 1980-1990, l’immense pays scandinave ouvre ses portes à des populations venues notamment du Liban, d’Iran, de Turquie et des Balkans. Suite aux invasions otano-américaines de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003, des dizaines de milliers d’Afghans et d’Irakiens trouvent refuge en Suède, suivis depuis 2011, par les Syriens, qui d’après les statistiques du Migrationsverket (bureau de l’immigration) atteindraient 51 000 individus en 2015, soit le tiers des demandeurs d’asile pour la même année. Toujours selon les chiffres de la Migrationsverket, 16% de la population en Suède serait née à l’étranger, soit 1,6 millions de personnes sur les 9,7 millions d’habitants que compte le pays.

Mécontentement grandissant
Jusqu’ici érigée en modèle d’ouverture et d’intégration pour les réfugiés et les immigrés établis sur son sol, la Suède connaît depuis quelques mois ses premiers troubles liés à cet afflux massif de migrants. Ainsi, les premières fractures se font ressentir dans la société suédoise et au sein de la classe politique. Si une majorité de Suédois sont en faveur de l’accueil des réfugiés, une partie de la population n’hésite toutefois plus à exprimer son mécontentement face à la politique des frontières ouvertes menée depuis plusieurs années par les différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays.
Pour Mika Toivola, 22 ans, interrogé par le site d’actualité anglophone The Local, « la Suède n’existera plus dans dix ans car il n’y aura plus de place pour nous (les Suédois) et nos traditions ». Interrogée elle aussi par The Local, Amelia Ulm a déclaré : « Je pense qu’ils (les migrants) font de leur mieux pour s’intégrer, mais je suis obligée de reconnaître que nous en avons beaucoup trop. Il n’y a pas assez de places dans les écoles et ils sont un poids pour le système de sécurité sociale. La criminalité aussi a augmenté, récemment ma maison a été cambriolée par un migrant. »

La peur de l’autre
Cette « peur de l’autre », alimentée par les médias qui font quotidiennement état de cas de radicalisation en Suède, et de cas de départs pour la Syrie, engendre son lot d’actes xénophobes : entre juin 2015 et avril 2016, soixante-quatre centres pour réfugiés ont été incendiés par des groupuscules néo-nazis à travers tout le pays, selon des chiffres avancés par le quotidien Svenska Dagbladet.
Une autre conséquence du contexte de peur, est la montée en puissance du parti d’extrême droite Svensk Demokraterna, qui milite pour une étanchéité totale et définitive des frontières.
Svensk Demokraterna n’est cependant pas le seul parti à plaider pour un contrôle accru aux frontières, puisque le parti du centre, Moderate Party, en a également fait son cheval de bataille. Membre influent de ce parti, le maire de la commune d’Östra Göinge, Patric Åberg, appelle sur son compte Twitter à faire une « pause » dans l’accueil des migrants :
« En ce moment en Suède nous avons besoin de faire une pause. En seulement quelques mois nous avons reçu plus de 100 000 réfugiés, c’est absolument énorme. Dans ma commune par exemple, mais c’est aussi le cas pour des dizaines d’autres, nous n’avons pas assez de logements disponibles et pas assez de postes à offrir. De plus un sentiment de peur est en train de s’installer chez les gens, ils se demandent si les réfugiés vont pouvoir s’adapter à leur nouvelle vie, ils ont peur que ces derniers ramènent avec eux les horreurs de la guerre. »

Contrôles aux frontières
Pour juguler l’afflux de migrants, le gouvernement de gauche dirigé par Stefan Löfven, effectue depuis novembre 2015 des contrôles d’identité aux frontières avec le Danemark et la Norvège. Cette action spontanée, dans un pays où les directives et les lois sont discutées durant des mois, a eu pour effet de réduire considérablement le nombre de demandeurs d’asile : il est passé de 39 000 en octobre 2015 à 2 100 en mai 2016.