Le sujet de la migration est sans doute le plus largement débattu parmi les Syriens dispersés dans diverses régions du monde, en quête d’une nouvelle patrie et d’un nouvel espoir.
L’Allemagne est le plus fréquemment mentionnée en raison de sa bonne réputation dans l’accueil des réfugiés, leur fournissant des conditions de subsistance décentes et les aidant à commencer une nouvelle vie. Mais une question récurrente se pose : quel profit l’Allemagne tire-t-elle de la présence des réfugiés ? Est-il imaginable qu’elle agisse ainsi sans bénéfice en retour ? J’ai moi-même débattu des dizaines de fois sur ce sujet avec des amis syriens et allemands, qui cherchaient eux aussi à comprendre. J’ai finalement pu dégager les explications les plus convaincantes, qui résument aussi bien mon point de vue que celui d’amis allemands, ainsi que d’autres sources :
- Il faut d’abord mentionner l’article 16 de la Constitution de l’État allemand d’après-guerre, qui garantit le droit d’asile à toute personne poursuivie pour des motifs politiques, ou qui fuit son pays pour diverses raisons telles que la guerre.
- 2015 a coïncidé avec le souvenir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, dont l’Allemagne a été l’un des principaux protagonistes. Avec près de cinquante millions de morts, les effets de cette guerre persistent jusqu’à nos jours. Or l’Allemagne d’aujourd’hui reste soucieuse d’améliorer son image face à la communauté internationale, et d’effacer les connotations négatives qui prévalent encore dans la tête des générations anciennes.
- L’Allemagne est devenue ces dernières années la première puissance économique en Europe, et sa qualité de soutien principal à la zone euro s’est reflétée positivement sur son économie, avec un budget annuel excédentaire, selon les dernières statistiques. Il est de l’intérêt de l’Allemagne que l’euro garde sa place parmi les devises rares, c’est pourquoi elle soutient continuellement les économies les plus faibles en Europe. (…) En recevant les réfugiés, elle renforce son rôle paternaliste dans l’Union européenne et la zone euro.
- L’Allemagne souffre d’un manque de compétences évident dans plusieurs domaines, tels le génie civil, les technologies de l’information et de la communication, la médecine et la recherche. Ce point est particulièrement important, et largement pris en compte par l’Allemagne, qui a mis en place ces dernières années de nouveaux assouplissements pour attirer les compétences requises, parmi lesquels la carte bleue pour les étrangers non-européens, ou le visa de recherche d’emploi pour les diplômés. Elle a également accéléré et facilité l’obtention des équivalences pour les diplômes et certificats étrangers.
- Avec 700 000 naissances environ par an, pour une population totale de près de 82 millions d’habitants, le taux de natalité de l’Allemagne est plutôt bas comparé à ses voisins. En accueillant un nombre important de réfugiés, l’Allemagne pallie ainsi au déficit du nombre de naissances pour la génération suivante, pariant que la troisième génération de réfugiés sera assimilée et pleinement intégrée dans la société allemande, grâce à des politiques rigoureuses bien pensées du système éducatif et universitaire.
En 2015, environ 800 000 réfugiés de diverses nationalités ont été accueillis en Allemagne. La politique de soutien aux réfugiés menée par l’Allemagne a commencé à donner des résultats positifs, et les journaux allemands n’ont pas hésité à parler de la puissance de l’Allemagne, de sa grandeur, soulignant combien sa capacité à aider les réfugiés l’a distinguée positivement du reste de l’Europe. Son image a ainsi été rehaussée, la plaçant, en termes d’aide et de soutien, au niveau des grandes puissances.