En octobre 2016, la photo de la famille Al Khadir a fait la une du magazine National Geographic fondé en 1888. Cette photo est accompagnée du titre suivant : Les nouveaux Européens – Comment la dernière grande immigration remodèle l’Europe. Le sujet est accompagné d’environ 7 000 mots, rédigés par Robert Kunzig, qui sont le fruit de plusieurs mois de reportage dans un certain nombre de pays européens, en compagnie du célèbre photographe Robin Hammond, auteur de l’illustration de couverture ainsi que d’autres photos et vidéos pour la version en ligne du numéro.
Nombre d’immigrants racontent dans des vidéos courtes et professionnelles qui accompagnent la matière écrite, des bribes de l’histoire de leur exil, livrant aussi leurs impressions à propos de « leurs nouvelles patries ». Le point commun de leurs narrations se résume ainsi : « Nous sommes venus, fuyant les guerres et les meurtres, vers la sécurité, et nous sommes très heureux, nous avons trouvé un accueil chaleureux, tout est beau ici et la vie y ressemble au paradis... »
La matière qui est offerte est révélatrice d’une tendance médiatique : elle commence par asseoir un fait accompli, à savoir que le pays réputé comme le plus xénophobe des pays, c’est-à-dire l’Allemagne, est le même qui aujourd’hui ouvre ses portes plus que tout autre pays européen. (…) Cet accueil devient une question civilisationnelle dans son essence, peignant les Allemands comme des gens intéressés par la rencontre des civilisations : rien n’est dévoilé des motifs socio-économiques qui poussent l’Allemagne à accueillir les réfugiés. Rien n’est dévoilé non plus du « brain-drain », de l’exode des cerveaux des pays du tiers-monde, un outil de « pillage » des plus sophistiqués. Dans ce numéro où l’on peut lire que « les Syriens et d’autres réfugiés arrivés en Europe depuis 2015 ont testé sa tolérance », la majorité des gouvernements européens sont aussi encensés. (…) Rien n’est dévoilé non plus du rôle joué par ces mêmes gouvernements dans les crises des pays d’où viennent ceux qui ont été poussés à l’exil.