Décembre sonne comme un mois de fête : fêtes de Noël ou de Nouvel an… C’est aussi le mois que les Nations Unies ont choisi pour y inscrire la Journée internationale des migrants (le 18 décembre) et la Journée internationale de la solidarité humaine (le 20 décembre), peut-être parce qu’on imagine que le cœur des hommes est plus ouvert et plus généreux en cette période de l’année…
Alors que reste-t-il à célébrer lorsque la solidarité s’étiole, que chacun rechigne à accueillir, venir en aide aux réfugiés, migrants et demandeurs d’asile ? Comment fêter, et que fêter, pendant que des millions de gens errent sans toit, que des dizaines de milliers s’amassent aux frontières, se transforment en mendiants, parfois en brigands ?
L’ONU a été créée par les pays riches : quelle duplicité de valeurs alors qu’Amnesty International vient de s’insurger dans l’un de ses récents rapports contre « l’égoïsme des pays riches » en matière d’accueil des réfugiés. En effet, la moitié des personnes déplacées dans le monde est accueillie par seulement dix pays, lesquels pèsent moins de 2,5 % du PIB mondial. Dans un article, l’AFP s’est fait le relais des dénonciations d’Amnesty International : « Les pays riches font preuve d’une totale absence de volonté politique et de responsabilité, en laissant seulement dix pays, qui représentent moins de 2,5 % du PIB mondial, accueillir 56 % des réfugiés de la planète. » La Jordanie est ainsi le premier pays d’accueil, avec plus de 2,7 millions de personnes fuyant leur pays pour cause de guerre ou de persécution. Viennent ensuite la Turquie (plus de 2,5 millions de personnes), le Pakistan (1,6 million) et le Liban (1,5 million), souligne le rapport. Des pays très pauvres voisins de zones de conflit accueillent aussi un grand nombre de personnes en quête de protection : l’Ethiopie (736 000), le Kenya (554 000), l’Ouganda (477 000)... ; cela les force à assumer « une responsabilité beaucoup trop lourde » pour eux, estime Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.
Le rapport prend l’exemple des réfugiés syriens pour illustrer ce déséquilibre : « Le Royaume-Uni a accepté de recevoir moins de 8 000 Syriens depuis 2011, tandis que la Jordanie – qui compte presque dix fois moins d’habitants et dont le PIB représente 1,2 % de celui du Royaume-Uni – en accueille plus de 655 000. » Le rapport prend soin de souligner que « l’égoïsme des pays riches ne fait qu’aggraver la crise au lieu de la résoudre ». Y penserons-nous en souhaitant un Joyeux Noël ou en fêtant le passage vers une nouvelle année qui ne prédit rien objectivement pour l’amélioration de l’état du monde ?