Il serait fort réducteur de ne voir dans Internet que ce nouvel inconnu qui a amputé le taux de lecture des journaux et des livres imprimés. Internet, il est vrai, a porté un coup dur à la presse écrite et à l’imprimé… mais il n’a pas pour autant stoppé la lecture. Les gens lisent, mais en ligne, et leurs habitudes de lecture changent. Le e-book fait son entrée magistrale.
Par ailleurs, Internet, il ne faut pas l’oublier, a aussi positivement bouleversé le monde arabe en contribuant à façonner son nouveau paysage politique. Deux livres parus récemment en témoignent : Women and Media in the Middle East: from veiling to blogging  (Les femmes et les médias au Moyen-Orient : du voilage au blogging) et Social Media in the Arab World: communication and public opinion in the Gulf States (Les médias sociaux dans le monde arabe : la communication et l’opinion publique dans les pays du Golfe). Ces ouvrages collectifs écrits en anglais analysent les changements politiques et sociaux qui ont eu lieu dans le monde arabe grace à Internet  ̶  dommage que leur pendant n’existe pas en français.
Social Media in the Arab World a été publié par I. B. Tauris (simultanément à Londres et New York) et dirigé par Barrie Gunter. Ses auteurs font valoir que dans les pays du Golfe, les téléphones portables sont la source principale d’information pour les étudiants ; cela porte indéniablement un coup à la lecture (d’abord parce que les nouvelles lues par le biais des téléphones portables sont surtout courtes et ensuite parce que les étudiants prennent l’habitude de puiser promptement leurs informations à une pléthore de sources, plutôt que de lire avec concentration un article de fond). Mais au-delà des enjeux de lecture, les réseaux sociaux ont incontestablement favorisé la démocratie, comme le démontre l’ouvrage : beaucoup de gens, frustrés par l’absence de débat politique dans les médias traditionnels, se retournent vers Internet pour exprimer leurs problèmes et leurs préoccupations. La transition de la population vers les médias sociaux comme nouvelle source d’information est expliquée par leur préférence pour le journalisme-citoyen ainsi que pour de vrais témoignages publiés en ligne par les concernés via leur compte Twitter, Facebook, les photos Flickr, etc.  

Si elles ne lisent pas, elles s’expriment !
Women and Media in the Middle East, publié par Routledge (à Londres et New York) et dirigé par Nahed Elantawy, est un ouvrage féministe, qui montre que les réseaux sociaux ont aidé à briser l’image de la femme arabe opprimée par la religion telle que véhiculée par les médias occidentaux. Les jeunes femmes arabes ont utilisé le cyber-activisme pour participer à la vague de transformations politiques et sociales du printemps arabe. L’ouvrage met en relief l’autonomisation irréversible du second sexe grâce aux nouvelles technologies de la communication. La question n’est plus de savoir si les femmes lisent ou non, mais dans quelle mesure Internet a contribué à permettre à ces femmes arabes qui ne se sont jamais exprimées publiquement, de le faire enfin. Internet, en bref, est un allié du féminisme !