The Encyclopedia of Embroidery from the Arab World (L’Encyclopédie de la broderie du monde arabe) de Gillian Vogelsang-Eastwood, publiée par Bloomsbury, est d’ores et déjà un livre-référence qui comble un vide, mettant fin à une lacune. Partout dans le monde arabe, la broderie est au cœur de notre héritage culturel, au même titre que la calligraphie, la miniature, l’art du bois, la céramique ou l’argenterie. Or il s’agit bel et bien du premier « vrai » livre sur la broderie arabe, un ouvrage attendu depuis trop longtemps pour nous parler d’un art pourtant ancestral. En effet, depuis des milliers d’années à travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, les textiles brodés décorent les bâtiments publics et les habitations, habillent les bêtes et embellissent les vêtements des hommes, des femmes et des enfants, jouant un rôle important dans la vie sociale et culturelle des communautés et des peuples.
Cette encyclopédie est le premier ouvrage de référence à retracer l’histoire de la broderie de l’Egypte ancienne à nos jours, offrant un guide qui fait autorité pour toutes les grandes traditions de broderie dans l’ensemble du monde arabe. Ecrit par un nombre impressionnant de chercheurs, spécialistes des différentes régions, l’encyclopédie couvre le champ de la broderie dans toute sa diversité, du Maghreb aux Etats du Golfe, en passant par le Soudan. Heureuse nouvelle, la Palestine y trouve une place de choix. Et le travail de recherche s’approfondit encore quand l’encyclopédie retrace l’impact du commerce, des changements politiques et de la religion sur les matériaux, les couleurs, les styles et les modes, ou quand elle introduit les brodeuses, leurs outils et leurs techniques ; les auteurs vont même jusqu’à identifier les influences artistiques et de conception de la broderie, à travers son utilisation par les concepteurs de la mode moderne.
Richement illustrée, avec plus de 800 photos de vêtements, d’accessoires, de coussins, de linge de lit, de rideaux, de revêtements de sol et de tentures, dont beaucoup n’ont jamais été publiées auparavant, cette encyclopédie toute en couleurs est une ressource essentielle pour les étudiants et les chercheurs sur le sujet. Un pan essentiel de notre patrimoine culturel immatériel est enfin documenté. Et il est important de noter que cette somme unique en son genre ne déprécie pas les Arabes à travers cet art trop souvent réduit à un folklore de chiffon, comme ont tendance à le faire certaines éditions occidentales. Pourtant, et c’est bien déplorable, le premier livre de référence sur la broderie arabe n’est pas… un ouvrage fait par les Arabes. Il n’est pas non plus écrit en langue arabe. Comme si tout ce qui est Arabe ne doit avoir qu’un crédit amputé.