Aux pays détenteurs de l’arme atomique, l’ONU rappelle qu’il existe un Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, que beaucoup ont ratifié, mais curieusement, parmi ceux qui rechignent, la plupart possèdent un arsenal considérable (la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Pakistan, Israël ou la Corée du Nord). Tentons donc d’aider l’ONU à les convaincre. Cherchons quel argument ferait mouche. Nous pourrions par exemple leur dire : ne vous inquiétez pas, la technologie moderne présente de si merveilleux avantages que vous pouvez désormais tester la fiabilité de vos armes sans effectuer le moindre essai, et continuer ainsi à nourrir vos rêves de destruction massive !
Mais voilà qu’ils grognent déjà et nous répondent que nous n’y comprenons rien, qu’il s’agit de « dissuasion » – et ils font résonner très fort ce mot à nos oreilles – ; ils affirment avoir particulièrement peur de leurs voisins et prétendent que la paix ne peut être maintenue qu’à ce prix. Ah ! pardon, nous voulons bien entendre ce raisonnement, mais depuis 1945, le nombre de bombes étant passé de 3 à plus de 17 000, si la paix s’était développée proportionnellement à l’augmentation des armes en votre possession, nous serions tous en état de béatitude !
Ils nous répètent pourtant que les progrès sont majeurs : regardez ! trois pays dotés de l’arme nucléaire ont ratifié le traité en question, la Russie, le Royaume-Uni et la France. Oui, enfin… ne croyez-vous pas que ces trois-là se sont suffisamment illustrés ? Ils gagnent à se montrer conciliants maintenant qu’ils n’ont plus de terres « accueillantes » pour leurs essais : les steppes du Kazakhstan pour la Russie, le bush australien pour le Royaume-Uni, et pour la France, le désert algérien et les atolls polynésiens. Partout en ces lieux des populations tenues pour négligeables ont été largement irradiées, parce qu’il en allait de la puissance d’un pays et de sa « grandeur ». Allons ! Ne dîtes pas que l’arme nucléaire n’est pas, déjà, une arme de crime de masse, un instrument de génocide dans le plein sens du terme, puisqu’elle a semé la destruction dans le génome humain, répandant les cancers, les malformations congénitales pour des générations, et que sa force dévastatrice a anéanti pour des centaines d’années les capacités nourricières des terres et des mers où elle s’est accrochée.
Ils plissent leurs yeux myopes : les siècles futurs ne seront pas les nôtres, et la mémoire se perd aisément ! Et puis, assurent-ils, ces armes que nous bichonnons tant, nous n’avons pas l’intention de les utiliser, nous savons qu’elles sont des milliers de fois plus puissantes que les « petites bombes » que nous avons larguées à Hiroshima et Nagasaki, nous ne sommes pas inconscients tout de même !
Comment ? Que dites-vous ? Vous affirmez que vous n’envisagez pas comme une possibilité réelle d’exterminer la population, non seulement de toute une ville comme au Japon, mais de régions voire de pays entiers, ni d’y répandre la désolation la plus totale, et que pourtant vous consacrez chaque année à l’entretien de vos bombes, des milliards de vos monnaies respectives ? Excusez-moi, mais il me semble que dans ce cas, votre attitude relève quelque peu de la maladie mentale…
Depuis 1945, 2055 bombes nucléaires ont explosé sur la planète, dont 520 étaient aériennes. Nous vivons donc, définitivement, dans un monde nucléaire, assaisonné de particules invisibles capables de nous ronger jusqu’à la moelle. Et là ils nous disent : mais pourquoi montrez-vous une telle véhémence ? L’Occident est suffisamment protégé !… Détrompez-vous, parce que là où nous sommes assis, sur cette belle terre de France par exemple, nous sommes environnés de dizaines de réacteurs nucléaires en fin de vie, poussifs, gagnés par la rouille, rafistolés tant bien que mal, et chaque semaine, oui, chaque semaine, des incidents ont lieu dans nos centrales, si bien que l’on peut dire objectivement que la catastrophe est tout simplement imminente. Et cela n’est pas différent pour le « parc nucléaire » des autres pays. Les médias s’attardent peu sur le sujet, mais en la matière n’importe quel Etat « démocratique » retrouve des réflexes totalitaires et ment à pleine bouche – le Japon a géré Fukushima avec une nullité absolue, et comme à Tchernobyl, les populations ont été maintenues dans l’ignorance ; les conséquences de ces deux catastrophes toujours en cours sont largement minimisées.
Comment séparer le nucléaire civil du militaire, alors qu’il présente la même dangerosité et est traité avec la même opacité ? Depuis les mines d’uranium jusqu’aux déchets innombrables pour lesquels rien n’est prévu, chaque étape du maniement de cette énergie redoutable empoisonne un peu plus nos chairs et nos terres. La mort est bien armée, le nucléaire est à son service. Cela devrait-il susciter en nous autre chose que de la colère ?