Je me tiens devant vous comme un Américain et fier de l’être, mais également comme le fils d’un Africain. L’Afrique et le peuple noir ont contribué à façonner l’Amérique et lui ont permis de devenir la grande nation qu’elle est aujourd’hui. L’Afrique et son peuple ont contribué à me façonner et à façonner la manière dont je vois le monde. Dans le village du Kenya où mon père est né, j’ai appris de mes ancêtres, et de la vie de mon grand-père, ainsi que des rêves de mon père, les liens familiaux qui nous unissent tous, en tant qu’Africains et en tant qu’Américains.
En tant que parents, Michelle et moi voulons nous assurer que nos deux filles connaissent leur héritage – européen et africain – dans toute sa force et tout le poids de ses luttes. Nous avons donc pris nos filles et nous nous sommes tenus ensemble sur les rivages de l’Afrique de l’Ouest, ces portes de non-retour, conscients que parmi nos ancêtres il y avait à la fois des esclaves et des propriétaires d’esclaves. Nous nous sommes recueillis avec elles dans cette petite cellule à Robben Island où Madiba a montré au monde que, peu importait la nature de son isolement physique, lui seul était le maître de son destin. Pour nous, pour nos enfants, l’Afrique et son peuple nous donnent une leçon puissante – que nous devons faire respecter la dignité inhérente à tout être humain.
La dignité : en référence à cette notion de base et en vertu de notre humanité commune, peu importe d’où nous venons, ou à quoi nous ressemblons, nous naissons tous égaux, touchés par la grâce de Dieu. Toute personne a de la valeur. Chaque personne compte. Toute personne mérite d’être traitée avec décence et respect. Tout au long d’une bonne partie de son histoire, l’humanité n’a pas vu les choses de cette façon. La dignité était considérée comme une vertu réservée à ceux qui possédaient un rang et des privilèges, les rois ou les anciens. Il a fallu une révolution de l’esprit, au fil de plusieurs siècles, pour ouvrir nos yeux à la dignité de chaque personne. Et partout dans le monde, des générations ont lutté pour mettre cette idée en pratique dans les lois et dans les institutions. Il en va de même en Afrique, ici où se trouve le berceau de l’humanité, où d’anciens royaumes africains abritèrent des universités et de grandes bibliothèques. Puis le mal de l’esclavage a pris racine, non seulement à l’étranger, mais ici, sur le continent. Le colonialisme a faussé l’économie de l’Afrique et a volé aux personnes leur capacité à façonner leur propre destin. Des mouvements de libération ont fini par se développer, et il y a cinquante ans, dans un grand élan d’autodétermination, les Africains se sont réjouis de voir tomber les drapeaux étrangers, et hisser leurs drapeaux nationaux. Comme Albert Luthuli l’a déclaré à cette époque en Afrique du Sud, « la base pour la paix et la fraternité en Afrique est en cours de restauration par la résurrection de la souveraineté nationale et de l’indépendance, de l’égalité et de la dignité humaine ». Après un demi-siècle de cette ère de l’indépendance, il est grand temps de mettre de côté les vieux stéréotypes d’une Afrique sempiternellement embourbée dans la pauvreté et les conflits. Le monde doit reconnaître les progrès extraordinaires de l’Afrique. Aujourd’hui, l’Afrique est une région qui connaît l’une des plus fortes croissances au monde. La classe moyenne africaine représentera bientôt plus d’un milliard de consommateurs. Avec des centaines de millions de téléphones portables, une forte progression des accès à Internet, les Africains commencent à dépasser les vieilles technologies pour se mettre sur la voie d’une nouvelle prospérité. L’Afrique est en mouvement, une Afrique nouvelle est en train d’émerger. Ainsi propulsée vers l’avant, et en partenariat avec le reste du monde, elle a réalisé des progrès historiques en matière de santé : le taux de nouvelles infections par le VIH a chuté ; les mères africaines sont plus susceptibles de survivre à l’accouchement et d’avoir des bébés en bonne santé ; les décès dus au paludisme ont été réduits considérablement, sauvant la vie de millions d’enfants africains. Des millions sont sortis de l’extrême pauvreté. Et l’Afrique montre l’exemple en envoyant toujours plus d’enfants à l’école. En d’autres termes, de plus en plus d’Africains, hommes, femmes et enfants vivent avec dignité et avec espoir. Et le progrès de l’Afrique peut également être vu dans les institutions qui nous rassemblent aujourd’hui. Lorsque je suis arrivé en Afrique sub-saharienne en tant que président, j’ai dit que l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions. Et l’une de ces institutions peut être l’Union africaine. Ici, vous pouvez venir ensemble, forts d’un engagement partagé pour la dignité humaine et le développement. Ici, vos cinquante-quatre nations poursuivent la vision commune d’une « Afrique intégrée, prospère et en paix ». Et comme l’Afrique est en train de changer, j’appelle le monde entier à modifier son approche du continent noir.

Discours prononcé en 2015 au siège de l’Union africaine à Addis Abeba, où s’exprimait pour la première fois de l’histoire un chef d’Etat américain.