Tandis que s’estompent les différends idéologiques qui durant un millénaire ont opposé l’Eglise orthodoxe d’Orient, avec à sa tête le patriarche d’Antioche, et l’Eglise catholique présidée en Occident par le chef du Vatican ; tandis que Washington et Moscou dépassent leurs profondes divergences politiques pour se mettre d’accord au sujet des pays arabes, de la Syrie en particulier, les conflits interarabes, quant à eux, s’enveniment et se muent en menaces permanentes. L’Arabie saoudite propose d’intervenir militairement contre le régime syrien (sur le modèle sans doute de sa campagne yéménite), pendant que partout s’accroît l’abîme confessionnel et sectaire, comme en Syrie, en Irak ou au Yémen. Ce qui reste des « États » de plusieurs pays arabes s’effondre, tandis que d’autres se voient imposer une guerre civile sous slogans régionalistes, comme en Libye, écartelée entre ses points cardinaux et où se ravive également un certain racisme envers sa population berbère. Le régionalisme préside aussi à la lutte pour le pouvoir en Tunisie, entre Nord et Sud ; en Algérie, la nouvelle Constitution – qui a reconnu le berbère amazigh comme langue officielle au même titre que l’arabe – n’a pu régler le problème identitaire créé et attisé par le colonialisme français, lequel en fit une arme létale redoutable contre la révolution de libération menée alors par le peuple algérien.
Toutes ces divisions confessionnelles et sectaires dissimulent mal une réalité indubitable, la situation économique désastreuse des pays concernés. Ainsi, l’Égypte souffre d’une pauvreté endémique, et l’Algérie s’est repliée sur elle-même avec son président impotent, s’éloignant du Machrek et même dans une certaine mesure du Grand Maghreb.
En ce qui concerne l’Irak, autrefois appelé « Prusse du monde arabe » pour avoir su fédérer l’ensemble du peuple arabe autour de lui, la reconstruction de l’État se heurte aux déviances de la guerre civile et à la question kurde. L’autorité centrale à Bagdad est affaiblie, notamment par les velléités du commandement kurde, représenté par Massoud Barzani, à constituer une entité autonome qui ferait du « territoire » kurde un État à part entière, jouant des dissensions au sein du pouvoir irakien. N’oublions pas non plus l’influence exercée par les pays limitrophes, l’Iran bien sûr, mais aussi et surtout la Turquie, dont les dernières provocations ont atteint des sommets. Massoud Barzani, dont le mandat de chef du gouvernement régional kurde, non renouvelable, a expiré depuis plusieurs mois, a tenté de faire appel à la déclaration de « protection » turque à son projet sécessionniste, mais celui-ci s’est avéré non viable, rejeté par l’autre faction kurde irakienne, dirigée par Talabani depuis Souleimaniye.
Quant à Israël, il évite de déclencher des conflits pour imposer son hégémonie. Il n’en a pas besoin : les États de la région sont sur le point de perdre les guerres menées contre leurs populations, et ils se sont si bien égarés sur le chemin d’un avenir meilleur qu’ils finiront bientôt en colonies dans l’escarcelle de l’ennemi israélien.