La photographie pour contrecarrer l’intolérance qui ravage la région ? N’est-ce pas puéril ? A moins qu’il ne faille de la puérilité, ces temps-ci, pour recréer l’espoir. C’est en tout cas le pari de Photomed Liban, lancé en 2014 dans le cadre du festival de la photographie méditerranéenne. « Nous travaillons avec les photographes pour construire une image et un discours positifs dans la région méditerranéenne, faire face à l’extrémisme et préserver à travers le dialogue interculturel, des valeurs communes contre l’intolérance », assure Philippe Heullant, président du comité organisateur de Photomed.
Du 20 janvier au 10 février 2016, la 3ème édition de Photomed Liban apparaît donc comme un rendez-vous incontournable de la photographie à Beyrouth. Les expositions présentant des photographes internationaux et libanais sont organisées dans différents lieux, le Beirut Exhibition Center, l’Institut français du Liban, le siège central de la Byblos Bank, ou encore l’Hôtel Le Gray.
Cette édition 2016 met l’Espagne à l’honneur, en rendant hommage aux photographes Toni Catany, Alvaro Sanchez-Montanes et Luis Vioque, et en présentant la collection du célèbre acteur espagnol Gabino Diego. Les œuvres de plusieurs photographes français sont également exposées, avec Antoine d’Agata, Emma Grosbois ou Arno Brignon, sans oublier une importante rétrospective consacrée à Edouard Boubat. L’Italie est aussi présente à travers les œuvres d’Alessandro Puccinelli et Angelo Antolino, aux côtés du Liban bien sûr, avec les photographes Karim Sakr, Randa Mirza et Elsie Haddad. Enfin, l’art vidéo est aussi privilégié avec l’exposition « Expressions méditerranéennes. De la poésie à l’engagement », qui présente le travail vidéo d’artistes méditerranéens de la collection de la Maison Européenne de la Photographie.
Un programme enthousiasmant, tout le bassin méditerranéen rassemblé dans le fameux petit pays « patchwork »… presque de quoi occulter que le Liban est composé de sectes qui ne se tolèrent toujours pas. Il est si aisé de faire assaut de tolérance par photographies interposées, les fanatiques et les guerriers, ce sont toujours les autres. Mais comme le dit si bien Victor Hugo, « l’intolérance des tolérants existe, de même que la rage des modérés ».