Statistiques sur l’enseignement supérieur

  • Au Liban, il existe une seule université publique (l’Université libanaise) et 43 établissements privés (32 universités et 11 instituts).
  • Le nombre d’étudiants a augmenté en dix ans de 44,6%  (ils étaient 132 645 en 2004 et 191 788 en 2013, dont 54,3% de filles). Dans le secteur privé on est passé de 65 836 étudiants en 2004, à  120 348 en 2013 (soit 82,7% d’augmentation), alors que, dans le même temps, l’université publique (Université libanaise) a accueilli seulement 7% d’étudiants de plus (ils étaient 66 809 en 2004 contre 71 440 en 2013).
  • Le nombre des étudiants étrangers a augmenté de 9,6% en 2004, de 16,6% en 2010, mais il a diminué de 12% en 2013 en raison des problèmes politiques dans le pays.
  • Le nombre de membres du personnel académique est passé de 12 000 en 2004 à 20 082 en 2013 (soit 40% de plus).

           

Au Liban, dans ce petit pays de quatre millions d’habitants, l’enseignement supérieur a déjà une longue histoire derrière lui, jalonnée par la fondation de l’Université américaine de Beyrouth, en 1866, puis la création de l’Université Saint-Joseph, en 1875. Des systèmes universitaires diversifiés se sont d’abord imposés, le premier texte de régulation datant de 1961, puis d’autres décisions et décrets ont été promulgués durant les années soixante, concernant par exemple les examens du colloquium (qui autorisent les jeunes diplômés du secteur de la santé à exercer leur métier), le titre d’ingénieur ou encore l’équivalence des diplômes. Mais globalement le système a conservé une sorte d’équilibre sans changement fondamental depuis la création de l’Université libanaise en 1953, et ce jusqu’aux années 90. (…)    

En Europe on s’est attaché à développer le secteur privé, tout en instaurant des systèmes de qualité et de contrôle. Les tendances y sont de donner toujours plus d’autonomie et d’indépendance aux établissements, et d’introduire en retour des mécanismes de surveillance du secteur. A son exemple, la conférence des ministres arabes de l’enseignement supérieur, qui s’est tenue à Beyrouth en 2000, a appelé à la mise en place de procédures pour l’essor du secteur privé dans les pays de la région, et a plaidé pour le développement de systèmes de qualité dans les établissements de l’enseignement supérieur, notamment grâce à la création d’agences d’assurance qualité et d’accréditation. L’Europe recommandait particulièrement la mise en place de ces agences, garantes de la qualité dans un secteur désormais ouvert, puisqu’elle préconisait la mobilité des étudiants à travers l’Europe, dans un système d’enseignement supérieur fonctionnant grâce à des crédits cumulables. Malheureusement, ce mouvement international et régional n’a pas été suivi des faits au Liban, où vingt-cinq nouveaux établissements d’enseignement supérieur privés ont été autorisés durant l’année 1999-2000, sans qu’aucune stratégie nationale n’ait été élaborée au préalable ; on a par ailleurs donné plus d’autonomie aux institutions, mais sans les responsabiliser et sans leur demander de rendre des comptes à la société et aux groupes sociaux concernés (étudiants, parents, employeurs etc.).

Le système de l’enseignement supérieur au Liban a ainsi été régulièrement remis en question par les experts et les médias libanais. Les déficiences étaient nombreuses. Au niveau législatif, il fallait définir une vision globale nationale et préparer une stratégie en conséquence, en votant une nouvelle loi pour le secteur, avec l’élaboration des critères de qualité attendus, et la création d’une structure nationale d’assurance qualité et d’accréditation. Au niveau pratique et règlementaire, il était primordial d’associer l’autonomie des établissements aux systèmes de responsabilisation, et de revoir la situation des nouveaux établissements ainsi que leurs pratiques académiques.

En 2004, des groupes de réflexion, composés d’experts, ont finalement été créés ; visant à renforcer l’engagement des différents acteurs en vue du redressement du secteur, ils ont suscité de nombreux séminaires et conférences, avec la participation des universités, des partenaires sociaux-économiques, des parlementaires, ainsi que d’autres ministères. Durant l’année 2004-2005, un audit a été effectué dans les différents établissements par des sociétés spécialisées. Une stratégie nationale a été proposée en 2006, incluant une mission, une vision et des objectifs, et les tâches à accomplir ont été spécifiées et planifiées.

En parallèle, tout un travail a été mené sur les conditions de propagation d’une culture de qualité dans les établissements de l’enseignement supérieur. Grâce au programme européen Tempus, nous avons pu lancer au sein des universités des projets concernant la qualité, les services aux étudiants, l’internationalisation, la coopération interuniversitaire, l’engagement civique des étudiants, la relation université-entreprise, les compétences universitaires, ainsi que d’autres projets qui ont tous abouti à une collaboration accrue entre les universités libanaises et plusieurs universités européennes, en lien étroit avec la Direction générale de l’enseignement supérieur au Liban. Il faut noter que les universités libanaises ont bénéficié entre 2006 et 2013 de cinquante-huit projets européens Tempus, dont dix sur le thème de la qualité, incluant des études pilotes.

Les priorités fixées en 2007 étaient les suivantes:

  1. Proposer une nouvelle loi pour l’enseignement supérieur, incluant un cadre national pour l’autorisation des nouveaux établissements, ainsi qu’une structure nationale contrôlant les diplômes et les niveaux ; elle concernait aussi les droits des étudiants, la mise en valeur de la recherche scientifique, ou encore la mise en place de systèmes de qualité au sein des établissements. Cette loi a été ratifiée par le Parlement en 2014.
  2. Proposer, toujours au niveau national, une agence libanaise indépendante d’assurance qualité pour l’enseignement supérieur. Un projet de loi dans ce sens, ratifié par le Conseil des ministres, est actuellement en discussion au Parlement libanais.
  3. Proposer une restructuration de la Direction générale de l’enseignement supérieur au Liban, lui permettant de mieux assurer ses responsabilités, lesquelles incluent l’orientation et la planification. Un projet de loi a été approuvé par le Conseil des ministres, et nous attendons sa ratification par l’assemblée générale au Parlement.

 

Nous avons, en parallèle, préparé la voie vers un système de qualité en menant diverses actions d’envergure :

  • Nous avons effectué plusieurs séminaires avec l’association des universités libanaises, sur les thèmes de l’assurance qualité et du développement ;
  • Nous avons participé avec la Banque mondiale à la mise en place d’un projet sur la gouvernance dans les universités ;
  • Nous avons travaillé avec plusieurs universités partenaires au Liban et en Europe, dans le cadre d’un projet européen Tempus qui a permis la définition de standards et d’indicateurs de qualité, ainsi que la formation d’experts dans le domaine ;
  • Nous avons réalisé l’évaluation et l’audit d’établissements privés dans les différentes régions du Liban ;
  • Nous avons défini de nouvelles règles pour faciliter les passerelles entre les formations techniques et professionnelles d’une part (secondaires et post-secondaires) et les formations universitaires d’autre part, tout en régularisant les formations doctorales.

 

La coopération interuniversitaire s’est renforcée. Plusieurs établissements ont effectué une évaluation interne puis externe, et ont ainsi obtenu l’accréditation institutionnelle ; d’autres suivent le même chemin. 60% des établissements ont aujourd’hui des unités d’évaluation interne, et nous visons à ce que tous les établissements soient en mesure de réaliser leur évaluation, interne et externe, avant la fin de l’année 2017.

Grâce au soutien de l’Union Européenne, nous sommes parvenus à effectuer des formations au sein des universités, dans des domaines aussi variés que la définition des compétences, les systèmes de crédits, les services aux étudiants, l’assurance qualité ou les commissions d’évaluation. Tous les établissements universitaires tentent actuellement de procéder à des démarches de qualité. Notre stratégie vers un système de qualité dans l’enseignement supérieur commence donc à porter ses fruits. (…)

Dr Ahmad Jammal est le directeur général de l’enseignement supérieur au Liban.