Téhéran s’enlise dans le bourbier régional et n’est plus désormais en marge du paysage politique. Mais parallèlement à l’accroissement de son influence, l’Iran focalise la hargne d’une large frange populaire dans le monde arabe, à cause de son implication croissante dans les problématiques irakienne, syrienne, libanaise et même yéménite.

Depuis l’élection de l’ancien président Mohammad Khatami jusqu’à l’actuel président Hassan Rohani, l’Iran a adopté une recette néolibérale dans la gestion de son économie et n’a eu de cesse d’assurer l’Occident de son désir d’adhérer à l’Organisation mondiale du commerce ainsi qu’aux autres institutions économiques mondiales, signifiant par là sa non opposition aux processus et aux mécanismes de l’hégémonie capitaliste. C’est ainsi que l’Iran fustige le système international dans sa version politique, dans le but d’y décrocher une meilleure place, tout en adoptant ce même système dans sa version économique, ses procédures et ses mécanismes les plus courants. C’est un réel paradoxe qui se donne à voir, entre la représentation de soi de l’Iran, puissance tiers-mondiste farouchement anti-impérialiste opposée au « grand Satan », et ses objectifs déclarés. Engagé dans des pourparlers avec Washington, l’Iran n’est plus en mesure de diriger ses campagnes médiatiques en exploitant le filon de son opposition à « l’arrogance mondiale » face à la « décadence arabe pro-occidentale », tout en s’appuyant sur la « lutte antiterroriste » – le terrorisme est en effet le produit objectif de facteurs divers, mais l’influence grandissante de l’Iran en Syrie et en Irak n’en est pas le moindre, comme en témoigne son engagement dans les guerres civiles de l’Orient arabe face à divers protagonistes.

Force est de reconnaître l’habileté des Iraniens à s’infiltrer dans la région par ses failles et à exploiter à leur avantage la régression flagrante des forces arabes dans leur globalité. Cependant la coïncidence de la désintégration structurelle des États du Machreq arabe avec les négociations irano-occidentales sur le nucléaire, ne signifie pas nécessairement que l’Iran sera l’unique bénéficiaire des grandes défaites arabes dans la région (…) N’oublions pas que la Turquie, l’État de l’occupant israélien ou encore les pays arabes du Golfe, Arabie Saoudite en tête, n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire obstacle à la montée régionale de l’Iran, et qu’il n’est en aucun cas possible de considérer ces puissances comme inaudibles ou sans influence sur les plans régional et international (…)