« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Cet aphorisme que l’on prête au scientifique et philosophe français du dix-huitième siècle, Antoine Lavoisier, prend tout son sens dans le concept d’upcycling, qui prône la valorisation des matériaux usagés, en les transformant en objets utiles. Au Liban, le phénomène prend de l’ampleur, surtout dans les zones urbaines. Tour d’horizon…
En 1994 le terme upcycling est utilisé pour la première fois par un ancien ingénieur allemand, Reiner Piltz, pour être popularisé un peu plus tard, en 2002, dans Cradle to Cradle : Remaking The Way We Make Things, ouvrage de l’architecte américain William McDonough (traduit en français avec le sous-titre : Créer et recycler à l’infini).
Ce phénomène est né tout naturellement dans les pays en voie de développement, où l’accès aux biens de consommation est limité et les systèmes de collecte et de traitement des déchets souvent inexistants. Il perce aujourd’hui dans les pays développés, qui voient en lui une source d’inspiration majeure.

Une démarche artistique
Ainsi, une nouvelle génération de designers, non contents de récupérer les matériaux et objets pour leur donner une seconde vie, les transforment radicalement afin que le résultat soit plus beau que le produit initial : une démarche à la fois esthétique et éthique, où la notion de création est fortement présente.
Il s’agit en effet pour ces artistes de rendre l’objet original et utile, tout en le détournant de son usage habituel pour lui en attribuer un nouveau. L’upcycling, ce n’est pas seulement « faire du neuf avec du vieux », mais aussi éviter de jeter des choses qui peuvent encore être utiles après transformation.

Se démarquer du recyclage
Tout est réutilisable. Il suffit parfois d’une paire de ciseaux, de crochets, ou d’une machine à coudre, pour transformer des sacs plastique usagés en jolis sacs à main, en sacs à dos, en bijoux ou autres accessoires de mode.
Mais quelle différence existe-t-il entre « upcycler » et recycler ? Dans les deux cas, un objet en fin de vie est récupéré pour fabriquer un autre objet. Mais là où le recyclage engendre un lourd processus de transformation chimique, et par là même une dépense d’eau, d’énergie…, l’upcycling ne modifie pas chimiquement les matériaux. Peu de ressources sont donc nécessaires pour créer un nouvel objet, ce qui permet de minimiser l’impact sur l’environnement.

L’upcycling au Liban
Ces derniers temps les initiatives d’upcycling se sont multipliées au Liban, à l’image de celles de Bénédicte de Blavous Moubarak, qui transforme les décombres de la guerre. Grâce à son entreprise Beyt, elle a par exemple créé depuis 2015, à partir de fenêtres et de fer forgé, des objets d’art tels que lampes, chandeliers ou autres tables.
Une autre initiative libanaise se nomme Artafif, initiée par l’artiste Wissam Muases. Ce dernier convertit des bouteilles de bière usagées en verres de toutes tailles, des bouteilles de vin en vases et lampes ultra-design. Enfin, deux designers libanais, Xavier Baghdadi et Léa Kradokian, transforment de vieilles machines à laver en chaises richement décorées. A noter que 4000 tonnes de déchets sont générées quotidiennement au Liban, dont seuls 10% sont recyclés. 40% des déchets sont jetés dans 700 dépotoirs sauvages.

  • Upcycling, rien ne se perd, tout se transforme (Consoglobe).
  • Katell Gélébart : détournement de déchets (Bretons-mag).
  • What is Upcycling, anyway ? (Hipcycle).
  • Au Liban, elle transforme les déchets de la guerre en œuvres d’art (Youphil).
  • L’upcycling version 2B design, entreprise sociale libanaise (Zèbre solidaire).
  • Stylish Sets Made from Old Washing Machine Parts (Treehuger).
  • Wissam Muases, ou l’art d‘upcycler (Agenda Culturel).

Diplômé d’histoire de l’université d’Aix-Marseille, en France, Mohamad Ezzedine, de nationalité libanaise, est spécialiste du Liban à l’époque ottomane. Il est notamment l’auteur de l’essai historique Beyrouth, capitale contre le Mont Liban ? (Edilivre, 2013).