Je suis triste parce que je vois un vide dans la vie publique à tous les niveaux. Interrogé sur la raison de ma tristesse, j’ai répondu qu’elle venait du fait que l’arène politique était vide d’hommes, en particulier des hommes d’État. Mais beaucoup ignorent les qualités de l’homme d’État.
L’homme d’État est celui qui se dissout dans l’intérêt public au point de s’oublier lui-même. L’oubli dans ce domaine est la condition de son existence. Son attention est accaparée par la situation de son pays, présente et à venir.  L’homme d’État, je le comparerais à une paire d’yeux qui ne pourrait fixer que ce qui est devant elle.
L’homme d’État porte le souci du présent, et il ne peut se défaire d’un tel souci que s’il surmonte les difficultés de ce présent qui l’inquiète. Son esprit ne cesse de penser aux affaires publiques et aux problèmes des citoyens, et il ne connaît le repos que lorsqu’il met en place les solutions requises.
L’homme d’État ignore l’égoïsme, c’est pourquoi on le voit fustiger l’ego quand il le rencontre, incarné dans n’importe quelle personne en face de lui.
L’homme d’État est un homme public, ce qui signifie qu’il a cessé de s’appartenir pour appartenir à sa société et à son pays. Être de bonnes mœurs est alors la moindre des exigences. J’ai refusé dans ma vie d’être autre chose qu’un homme public, et je ne me sens pleinement heureux que lorsque je me conduis en tant que tel.


Mohammed Youssef Beydoun a été député de Beyrouth (1972-2000), ministre de l’Industrie et du Pétrole (1980-1982), ministre des Ressources hydrauliques et électriques (1990-1992) et ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse, des Sports, de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de l’Enseignement technique et professionnel (1998-2000).