As-Safir
Un certain nombre de victimes ont brisé le silence sur les abus qu’elles ont subis dans les institutions de protection sociale où elles avaient été placées. Elles refusent de renoncer à leurs droits et insistent pour ouvrir le débat sur la nécessité de contrôler les institutions en question, afin de protéger les plus de vingt mille enfants enlevés à leurs familles pour y vivre.
Les victimes, qui ont subi des mauvais traitements pouvant aller jusqu’au viol, ont saisi l’occasion de l’iftar (repas de rupture du jeûne) organisé par Dar al-aytam al-islamiya (institution de protection sociale de l’Orphelinat islamique) au BIEL, pour exprimer leur colère devant la chape de silence qui recouvre leurs droits et ceux des autres enfants. Ce n’est pas un hasard si l’iftar du Dar al-aytam al-islamiya a été choisi par les manifestants : l’Orphelinat islamique a justement été attaqué en justice par un jeune homme de vingt-trois ans, Tarek Mallah, pour les viols qu’il a subis durant les cinq années de son séjour dans l’institution.
Tarek Mallah et nombre de victimes de ces viols ont participé au sit-in, dans l’objectif d’envoyer le message suivant aux invités de l’iftar : « Ne contribuez pas au viol des enfants. »
A sept heures du soir, avant l’arrivée des manifestants, les forces de sécurité se sont mises en état d’alerte à l’entrée du BIEL, bientôt suivies par une brigade anti-émeute, soucieuses d’éviter toute échauffourée, d’autant que la plupart des invités étaient des personnalités politiques. Il est remarquable que les manifestants, qui s’égosillaient à clamer leur colère chaque fois qu’un invité passait devant eux dans sa voiture, n’aient pas faibli de toute la soirée. Ils ont persévéré et se sont tenus à l’affût, de quelque côté qu’arrivaient les convives. On a vu un député tenter vainement de les contourner. Même les assistantes sociales n’ont pu leur échapper, elles ont dû faire face aux remontrances des manifestants, qui leur ont rappelé leur responsabilité dans la protection des enfants. Les victimes exprimaient leur révolte à chaque défilé de voitures aux vitres fumées, s’en approchant pour dévisager leurs occupants et dressant haut devant elles leurs bannières, au mépris des forces de sécurité. Tarek Mallah a d’ailleurs assuré que les manifestants allaient multiplier leurs actions de protestation si les responsables ne s’attaquaient pas au problème, et que d’autres manifestations suivraient bientôt, parce que des enfants étaient toujours victimes des mêmes abus, au moment même de ce sit-in, derrière les murs des institutions de protection sociale, dont celle de l’Orphelinat islamique.