Nous avons ignoré pendant trop longtemps la persistance de meurtres collectifs de Noirs par des Blancs. Ils sont pourtant les symptômes de véritables maladies toxiques de haine raciale.  Et parce que nous les avons ignorés, ils se poursuivent et nous en subissons toujours les conséquences, avec des taux de meurtres et des taux de conflits sociaux qui ont atteint les plus hauts niveaux parmi les pays du monde développé.
Les statistiques sont choquantes. Pendant l’année 2014, 16 000 meurtres ont été perpétrés aux États-Unis, dont 70% avec des armes à feu. Ainsi, on se souviendra longtemps encore du crime de Charleston en Caroline du Sud, où un jeune homme blanc atteint par cette maladie de haine raciale est entré dans l’église méthodiste Emmanuel, a brandi son arme contre les fidèles et tué neuf Afro-Américains innocents.
Mais bien que ces meurtres soient devenus collectifs, nous souffrons d’une tragique perte de mémoire. Nous restons scotchés devant nos postes de télévision, horrifiés par ces actes de violence ignobles, mais à peine quelques jours plus tard nous avons déjà oublié les noms et les visages des victimes et de leurs tueurs. Le lieu du crime, quant à lui, sombre moins rapidement dans l’oubli : Columbia, Virginie et Tucson, Fort Hood, Aurora et Oak Creek, Newtown, Charleston...
Le lendemain de « l’incident » de Charleston, Obama, qui semblait très perturbé par la tuerie, a déclaré depuis la tribune de la Maison Blanche : « Ce genre de violence de masse ne se produit pas dans les pays développés, et même ailleurs il ne se produit pas à de tels rythmes. Le fait que cela se passe dans une église noire pose clairement des questions sur la partie noire de notre histoire ; ce n’est pas la première fois que les églises des Noirs sont attaquées, et nous savons que la haine entre les races et les religions représente une menace particulière pour notre démocratie et nos idéaux. »
Certaines personnes affirment naïvement que l’élection d’Obama aide les États-Unis à surmonter les divisions raciales, alors qu’en vérité elle semble avoir l’effet inverse. Dans la première année de la présidence Obama, le nombre de groupes de haine opérant à l’intérieur des États-Unis a augmenté de plus de 40%. Le pays a connu une hausse spectaculaire des crimes haineux contre les Noirs américains.
Bien que l’on nous répète régulièrement que nous avons un problème chronique avec le racisme, nous préférons encore l’ignorer ou essayons de nier son influence néfaste infiltrée dans nos vies. La plupart du temps, nous faisons en sorte d’en ajourner le débat, jusqu’à ce nous soyons à nouveau réveillés par un tir tragique de la police ou un énième crime de haine.