Nelson Mandela est né le 18 juillet 1918 ; chaque année, l’ONU commémore cette date et se joint à la fondation Mandela pour exhorter chacun à offrir soixante-sept minutes de son temps pour des actions de solidarité, une minute pour chaque année que Mandela a consacrée au service des autres. La journée de commémoration se veut ainsi une incitation à agir et inspirer le changement, en mémoire d’un homme qui a dédié sa vie aux causes humaines, en tant qu’avocat spécialiste des droits de l’homme, prisonnier de conscience, architecte international de la paix et premier président démocratiquement élu d’une Afrique du Sud multiraciale. L’action humanitaire de Mandela s’est manifestée dans les domaines du règlement des conflits, des relations entre les races, de la promotion et de la protection des droits de l’homme, de la réconciliation, de l’égalité entre les sexes, des droits des enfants, du progrès pour les communautés les plus démunies. Mais il reste surtout connu pour sa lutte contre l’apartheid (1), jusqu’à l’élimination de ce système sud-africain de discrimination raciale légalisée.

Une vie inspirante
Rolihlahla Mandela est né dans le village de Mvezo. C’est à l’école primaire que son institutrice lui donne le prénom de Nelson, conformément à la coutume de donner à tous les élèves des noms « chrétiens ». Son père, issu de la famille royale thembu, meurt lorsqu’il a neuf ans. Il reçoit à la fois une éducation traditionnelle africaine et européenne, puis poursuit des études de droit à l’université de Fort Hare, alors la seule à accepter les Noirs ; il s’en fera expulser pour avoir pris part à une manifestation d’étudiants, puis s’enfuira à Johannesburg pour échapper à un mariage arrangé. Il obtient finalement son diplôme de droit en 1942 et entame sa vie de militant ; il rejoint le Congrès national africain (ANC), où il rencontrera de nombreux activistes anti-apartheid. En 1952, suite à une campagne de désobéissance civile contre six lois injustes, il est condamné à neuf mois de travaux forcés. Cet événement sera vécu comme un tournant, Mandela s’identifiera désormais à un « combattant de la liberté ».
C’est aussi cette même année qu’il fonde avec Oliver Tambo le premier cabinet d’avocats noirs d’Afrique du Sud, Mandela et Tambo. Le bureau, qui fournit un conseil juridique à bas coût pour les Noirs et participe à une lutte non-violente contre les lois de l’apartheid, rencontre un grand succès populaire. Mais le pouvoir se durcit, Mandela est arrêté et accusé de trahison avec de nombreuses autres personnes, dans un procès marathon qui ne prendra fin que six ans plus tard, lorsque les derniers accusés, dont Mandela, seront acquittés.
En mars 1960 la police tue soixante-neuf personnes à Sharpeville, dans une manifestation pacifique contre le « passeport intérieur » que les Noirs sont obligés de porter constamment sur eux. L’état d’urgence est instauré, l’ANC et le Congrès panafricain (PAC) sont interdits, Mandela entre dans la clandestinité.
L’ANC a rédigé et adopté une charte pour l’abolition de toute discrimination raciale, mais face à l’obstination du gouvernement, et suite au massacre de Sharpeville, Mandela et ses compagnons s’éloignent de la lutte pacifique et revendiquent la nécessité d’une lutte armée, fondant Umkhonto we Sizwe (MK, ou « Lance de la Nation »).
Mandela parvient à quitter secrètement l’Afrique du Sud, il voyage en Afrique et en Angleterre pour obtenir le soutien à la lutte armée, et reçoit une formation militaire au Maroc et en Ethiopie. De retour en Afrique du Sud, il est arrêté et accusé d’avoir incité les travailleurs à la grève, puis condamné à une peine d’emprisonnement de cinq ans, qu’il commence à purger à la prison de Pretoria. En 1963, il est transféré à Robben Island, puis, en 1964, il est condamné avec sept autres accusés à la prison à vie. En 1982, Mandela est transféré à la prison de haute sécurité de Pollsmoor, où il connaîtra six années d’isolement total.
Il passera aussi plusieurs mois à l’hôpital, notamment pour une tuberculose, puis, le 11 février 1990, celui qui est devenu le plus célèbre prisonnier politique du monde est enfin libéré ; ses camarades sont également relâchés et l’ANC est à nouveau autorisé. Tout au long de ces vingt-sept années passées en prison, il a rejeté au moins trois offres conditionnelles de remise en liberté. Il reste exemplaire pour sa détermination opiniâtre à s’accrocher à ses principes, quel que soit le prix à payer.   
En 1991, Mandela est élu président de l’ANC, remplaçant son ami malade, Oliver Tambo. L’apartheid est officiellement aboli la même année. En 1993, il remporte conjointement avec le président Frederik de Klerk, le prix Nobel de la paix. Sa devise depuis lors a été celle-ci : « Il est très facile de casser et de détruire. Les héros, ce sont ceux qui font la paix et qui bâtissent. »
En avril 1994, Mandela vote pour la première fois de sa vie et le mois suivant il est investi dans ses fonctions de premier président d’une Afrique du Sud pleinement démocratique, voyant éclore son rêve d’une « nation arc-en-ciel ».
Fidèle à sa promesse, Mandela démissionne en 1999 après son mandat de président. Mais jusqu’à sa mort en 2013, il ne cesse de se consacrer aux multiples causes qui lui tiennent à cœur.
Ce qu’il y a d’exceptionnel dans la vie de Mandela, c’est cette humanité et cette intégrité préservées au-delà des longues années de détention, mais c’est aussi l’aboutissement d’une lutte par l’accomplissement du but qu’elle s’était donné. L’apartheid a finalement été aboli, même s’il reste à l’Afrique du Sud de nombreux défis à relever. Et si aujourd’hui l’ONU a choisi la date de naissance du grand homme pour pérenniser le sens de son action, c’est que sa vie et ses luttes se sont également traduites en une suite de résolutions de l’organisation internationale, autant de jalons qui ont accompagné le changement en Afrique du Sud.

Dates-clés :                                                                      

  • 2 décembre 1950 – L’Assemblée générale de l’ONU déclare : « Une politique de ségrégation raciale (apartheid) est nécessairement fondée sur des doctrines de discrimination raciale. »
  • 1er avril 1960 – Le Conseil de sécurité, dans le cadre de sa première action envers l’Afrique du Sud, adopte la résolution 134 qui déplore les politiques et les actions du gouvernement sud-africain à la suite du massacre par la police de 69 manifestants pacifiques à Sharpeville, le 21 mars. Le Conseil a invité le gouvernement à abandonner sa politique d’apartheid et de discrimination raciale.
  • 30 novembre 1973 – La Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid est approuvée par l’Assemblée générale.
  • 17 août 1984 – Dans la résolution 554, le Conseil de sécurité déclare nulle et non avenue la nouvelle constitution raciste de l’Afrique du Sud.
  • 16-20 juin 1986 – Conférence mondiale sur les sanctions contre l’Afrique du Sud raciste, organisée par l’Organisation des Nations Unies, en coopération avec l’OUA (Organisation de l’unité africaine) et le Mouvement des pays non alignés.
  •  14 décembre 1989 – L’Assemblée générale adopte par consensus la « Déclaration sur l’apartheid et ses conséquences destructrices en Afrique australe », appelant à des négociations pour mettre fin à l’apartheid et instaurer une démocratie non raciale.
  • 3 octobre 1994 – Le premier président démocratiquement élu d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, s’adresse à l’Assemblée générale.

(1) Apartheid signifie « séparation » en afrikaans, la langue des descendants des colons néerlandais.