En langage technique, notre pratique de l’administration s’appelle corruption passive, trafic d’influence, délit d’ingérence, concussion, malversation, rançonnement, extorsion, délit de favoritisme, et nous avons dans chaque type de délit une notoire expérience. C’est le chaos institutionnalisé.
En langage politique, le confessionnalisme politique du régime libanais est la source de toutes les corruptions et ce qui en assure la pérennité. Il permet de reconduire de père en fils une classe politique gangrenée par la corruption, avalisée par les communautés malgré son mépris des besoins et des intérêts du peuple, et à laquelle ses partisans - du moins à l'intérieur de chaque communauté  - ne demandent jamais de comptes.
Les communautés s’épient et se détestent, mais les porte-parole des communautés, quant à eux, s’entendent à merveille ! Ils commencent par montrer les crocs, agissant en rivaux féroces et sanguinaires pour le partage du butin, au détriment du peuple pris en otage. Puis, une fois le partage réalisé, chacun se détend et goûte ce plaisir secret dont parlait le président de la République française François Mitterrand : « s’entretenir amicalement avec un adversaire », et ils se retrouvent à badiner comme de joyeux compères autour d’un festin.
Et ceux qui connaissent les spécificités libanaises savent que les chefs confessionnels restent plus prodigues que cette couche d’opportunistes qui les entoure, asservie uniquement à ses intérêts et qui ne redistribue même pas l’argent détourné de l’Etat au reste de la communauté – aux vassaux faudrait-il dire.
Il ressort de notre dossier, où il apparaît que la corruption délite l’ensemble des secteurs et des organismes au Liban, que protéger durablement nos intérêts ne pourra se faire que par la construction d’un Etat laïc. Principe de séparation de la société civile et de la vie religieuse, l’Etat n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Eglises aucun pouvoir politique, la laïcité est « l’Etat neutre entre les religions » (Ernest Renan). Le laïcisme est une doctrine qui tend à donner aux institutions un caractère non religieux.
« L’homme est naturellement un animal politique » (Aristote). Nous sommes tous « des animaux politiques qui réalisons notre humanité par la citoyenneté ». L’Etat confessionnel est de fait un état corrompu, de par sa structure : la responsabilité politique que nous confère notre citoyenneté requiert d’œuvrer irrémédiablement pour la laïcité, dont le principe, comme le dit si bien Guizot, est la plus grande conquête des temps modernes.