Les spécialistes d’Internet ont beaucoup de choses à dire. Chaque jour qui passe apporte son lot de scandales ou en met au jour un ancien, démontrant, dans tous les dossiers du genre, qu’Ali Baba a un lien avec le secteur des télécoms, et avec lui des centaines de voleurs au lieu de quarante.
L’affaire de l’Internet illégal est sur toutes les langues depuis qu’elle a été dévoilée lors de la session de la commission parlementaire des Télécoms qui s’est tenue le 8 mars dernier. Les enquêtes approfondies ont montré qu’Internet est vendu illégalement au Liban, avec un réseau très étendu et aux capacités considérables, parallèle à celui de l’État, pouvant le concurrencer et même souvent le surpasser.
Les dernières nouvelles assurent qu’il existe quatre circuits télécoms illégaux, ayant une capacité énorme de 40 gigabytes par seconde, soit près du tiers des capacités internationales mises en service par le ministère des Télécoms (150 GB/s), et l’équivalent de la moitié des capacités internationales mises à la disposition des ISP, les sociétés distributrices d’Internet (soit 88,4 GB/s).
Et pour avoir une idée de la gravité de la violation, une source technique précise qu’elle équivaut à 600 000 lignes téléphoniques fixes (soit 60 % des abonnés à la téléphonie fixe), en vertu d’un calcul technique selon lequel 2 MB (mégabytes) valent trente lignes téléphoniques (la ligne équivaut à 64 kilobytes par seconde, soit la vitesse qui était disponible pour chaque abonné au moyen de « dial up » sur sa ligne fixe).
Une source travaillant dans le secteur et proche des sociétés ISP souligne que l’affaire de l’existence d’un réseau illégal n’est pas nouvelle ; ses origines concrètes remontent à 2009, quand fut découvert le réseau du Barouk, lequel, loin de constituer un épisode passager dans l’histoire de l’Internet illégal, est simplement remis au goût du jour. Le véritable scandale eut lieu après la découverte de ce réseau et son démantèlement, lorsqu’on constata que l’Internet illégal n’avait été interrompu que durant quinze jours avant un retour « à la normale ». Le réseau parallèle s’est bien développé depuis lors, et aujourd’hui le réseau illégal s’avère plus évolué que l’Internet légal.
Comment cela est-il arrivé ? On pensera que les propriétaires du réseau en question possédaient un réseau alternatif qu’ils ont très vite mis en œuvre, ou qu’ils avaient des équipements en réserve qu’ils ont rapidement montés ; à moins qu’ils aient repris leur matériel en l’espace de quelques jours, et dans ce cas, contrairement aux informations selon lesquelles la justice aurait restitué leurs équipements aux propriétaires, le matériel aurait été volé directement dans les entrepôts du ministère des Télécoms, comme semblent d’ailleurs le confirmer les sources du secteur !  
Dans tous les cas, les personnes concernées possèdent des dizaines de preuves que l’Internet illégal avait aussitôt repris du service, envahissant les marchés libanais en quelques jours, sans réaction d’aucune part. Il était alors clair que les distributeurs illégaux s’étaient remis sans tarder à leurs activités, ce qui était aussi attesté par les problèmes techniques auxquels dut faire face le secteur des télécoms, comme l’interruption des communications de téléphonie mobile et des services Internet, à cause de l’interférence entre les ondes légales et illégales.
Contrairement aux rumeurs affirmant que le ministère des Télécoms avait connaissance de l’existence des réseaux illégaux dès sa réception du procès intenté par les compagnies Internet en février dernier, le département du ministère assure qu’il a traité jusqu’à cinq plaintes durant les années précédentes, la dernière en janvier 2015, après celle de septembre 2014, en plus de celles déposées après la découverte du réseau du Barouk, notamment en juillet 2010. Il est pourtant prouvé que des réseaux achètent toujours illégalement Internet des pays avoisinants, et que les sociétés agréées et l’État subissent de grandes pertes suite à l’utilisation de l’Internet illégal par les sociétés et les individus. Une source du secteur assure par ailleurs que « les plaintes étaient notre pain quotidien ». Mais le ministère a beau agir, l’Internet illégal a envahi le pays (…) Et si certaines institutions officielles ont « eu honte » de continuer à s’abonner au réseau Internet et l’ont remplacé par Ogero (compagnie contrôlée par le ministère des Télécoms), les faits confirment que la grande majorité des utilisateurs du réseau illégal continuent à profiter de ses services, comme auparavant !
Les preuves ne s’arrêtent pas là. En effet, les tests du « spectre de fréquence » qui ont eu lieu récemment prouvent qu’il y a un « embouteillage » d’ondes illégales dans l’air, et ceci dans les différentes régions du pays. Pour rappel, le ministère des Télécoms avait émis l’hypothèse que certains réseaux illégaux n’avaient pas encore été découverts, mais il n’avait pu en estimer l’importance ni découvrir leur emplacement. Apportant une preuve supplémentaire de l’existence d’un Internet illégal, As-Safir a appris que des lignes E1 (lignes d’accès au réseau) étaient vendues sur le marché Internet pour la somme de 60 dollars, alors que le prix officiel est de 230 dollars ! Ceci confirme s’il en était besoin, que le marché de l’Internet illégal est toujours prospère. 
Parmi ceux qui travaillent dans le secteur Internet, beaucoup observent qu’on se concentre en général sur un seul genre d’infractions, personne n’évoquant un second aspect, qui est au moins aussi important que le premier car les pertes sont grandes pour l’État. En effet, les réseaux qui obtiennent les capacités internationales des pays alentour ne sont pas les seuls à enfreindre la loi. Ils ont violé le droit de l’État à vendre les capacités internationales, ils n’ont pas obtenu les licences nécessaires pour l’utilisation des fréquences, ni l’autorisation d’importer les capacités et de les utiliser ; mais ils ont aussi des partenaires, qui ont entrepris des violations similaires, n’en ont pas rendu compte et continuent à enfreindre la loi. En effet, l’opération de distribution d’Internet aux abonnés exige également une licence de l’État. Et selon plusieurs sources, les sociétés qui ont dernièrement obtenu des autorisations, et dont la plupart ont profité de l’Internet illégal, ont maintenant légalement le droit d’acheter des capacités internationales, alors que personne n’a légalisé les opérations de distribution, qu’elles entreprennent donc toujours illégalement.