Les scandales s’amoncellent, les manchettes des journaux en sont alourdies chaque matin. Les nouvelles s’ouvrent chaque soir à la télévision avec des scandales plus éclatants, plus laids, plus gras et plus choquants les uns que les autres. Et la portée de ces scandales, ou leur « dynamique vitale », est en constante expansion, menaçant de recouvrir « l’État » tout entier avec ses administrations et ses institutions, ainsi que tout ce qui s’y rapporte, conseils, organismes de régulation, personnalités connues ou inconnues – ces dernières sont sorties de l’obscurité et de l’anonymat pour devenir soudainement les « superstars » de la vie publique, omniprésentes dans les médias, starisées grâce à la corruption.
Le cabinet des ministres est devenu la scène de disputes violentes et passionnelles, et il n’est pas rare d’assister à des échanges d’insultes entre ministres. Les séances du gouvernement sont ensuite suspendues jusqu’à ce que les esprits se calment et que… la vérité se perde. Le peuple, quant à lui, subit une sorte de chantage : soit ce gouvernement reprend ses activités, soit les ministres ne se réunissent plus et les intérêts des citoyens sont bloqués, le travail des administrations est paralysé et les services sont gelés.
Et qu’en est-il de l’appareil judiciaire ? Les scandales, cherchant en lui leur dénouement, s’égarent en chemin, ou sont précédés par un flot d’intercessions, d’avertissements, ou même de menaces. C’est que chaque responsable accusé de corruption est protégé par un « parrain » qui l’a placé à la fonction qu’il occupe, et l’immunité lui est ainsi garantie. Et si jamais les dossiers portant sur quelque scandale arrivent sur la table d’un juge, la magistrature, recourant à sa haute complexité, se chargera d’en ajourner les enquêtes, jusqu’à ce que le peuple oublie le scandale en question et ses détails. Dans le « pire » des cas, si une enquête suit son cours et aboutit à un procès, donc un jugement, cet appareil judiciaire complexe parviendra, grâce à la jurisprudence, à engager un second procès pour rectifier le jugement du premier… Et dans un pays comme le nôtre, il est naturel que la classe politique, portant haut ses symboles et ses représentants à tous les échelons, ait son mot à dire dans les jugements. N’est-ce pas cette classe politique, avec ses chefs de file, honorant la patrie en la dirigeant, qui est en fin de compte responsable des administrations de l’Etat, de ses conseils et de ses organismes de régulation ? N’est-ce pas elle qui a choisi et nommé à leurs postes les présidents, les directeurs généraux et les membres des conseils d’administration de ces organismes, de ces institutions et administrations publiques ? Asseoir une accusation contre l’un de ces responsables équivaut donc à entamer la réputation immaculée et l’envergure des leaders de notre pays, eux qui sont sans tache, prémunis contre toute faute. La corruption siège pourtant au sommet du pouvoir, elle prend le visage de ces leaders et chefs de file, fortifiés et protégés par la dignité de la communauté qu’ils représentent. Qui oserait demander des comptes ou responsabiliser ceux qui monopolisent la représentation des communautés, des confessions et des sectes ? En réalité, cette classe politique ne survit que grâce à la corruption, pendant que ses membres font du combat contre la corruption, appelant à la réforme, le slogan de leurs campagnes électorales, confortant ainsi leurs positions dominantes alors qu’ils entravent dans le même temps le fonctionnement de la justice. Ils ne sont pas seulement coupables d’être corrompus mais aussi de corrompre, à tous les rouages de l’Etat.