Est-il possible qu’à cause d’une crise financière cesse de paraître As-Safir, lui que n’ont arrêté ni les bombes, ni les invasions ni les assassinats, depuis son lancement il y a quarante-deux ans ? Malgré l’occupation sioniste de 1982 et le blocus sanglant de Beyrouth, il a paru, et parmi ses titres demeure ce slogan immortel : « Beyrouth brûle mais ne hisse pas les drapeaux blancs. »
Est-il possible que le « pays du rayonnement et de la lumière », avec son régime, ses nababs et sa société civile, soit incapable de protéger cette voix indépendante, trans-confessionnelle et trans-communautaire, qui a voulu être « la voix du Liban dans la nation arabe et la voix de la nation arabe au Liban », et qui fut aussi un refuge sûr pour chacun, quelle que soit son opinion ou sa position, un abri pour tout créateur ou porteur de message ?
Est-il possible qu’une nation aussi grande que le monde arabe ne puisse adopter une tribune libre et indépendante telle qu’As-Safir,  lui la « voix des sans-voix », pour l’aider à surmonter les difficultés ? As-Safir ne mérite-t-il pas que soit lancée en sa faveur une campagne populaire et officielle, libanaise et arabe, pour qu’il soit tiré de son faux pas et reste la voix retentissante d’une civilisation arabe renaissante ? Messager de lumière pour le Liban, l’indépendance ne peut se réaliser sans lui, ni la stabilité et la prospérité, la liberté indispensable aux nations.
Si As-Safir était une banque en difficulté, les responsables ne se hâteraient-ils pas de dépenser des millions pour la remettre à flot, ou la faire fusionner avec une autre banque ?
Si As-Safir était une société de ramassage d’ordures, le pays n’aurait-il pas croulé sous les déchets jusqu’à ce qu’elle regagne toutes ses prérogatives ?… Si… Si…
Ne peut-on former au Liban et dans tous les pays arabes des comités des « amis d’As-Safir » et de la presse libanaise, elle qui a été un objet de fierté pour notre patrie, l’expression des aspirations et des douleurs de l’Arabité ? 
Nous lançons cet appel aujourd’hui, pour le quarante-troisième anniversaire d’As-Safir, à la veille d’une conférence de presse de M. Talal Salman (le 30 avril 2016), lors de la « Journée de la terre » qu’As-Safir a défendue en même temps que la dignité arabe. La dignité en effet ne peut être préservée sans une terre libérée, aucune terre ne prospérant sans honneur.