Enraciné en Palestine et débouchant en elle, passant par les pays de l’Oumma (la nation) dont les gouvernants ont perdu tout discernement, As-Safir est né le 26 mars 1974 pour affronter par la véracité de son verbe les tentatives de confiscation du soleil, de la lune, des roses, des papillons, de l’amour, de la culture et des autres détails de la patrie.
Aujourd’hui, et coïncidant avec le quarante-troisième anniversaire de sa parution, le « journal du Liban dans la nation arabe et de la nation arabe au Liban » a failli disparaître, conformément à l’annonce faite par son éditeur et rédacteur en chef Talal Salman. En cette période de crises et de changements majeurs, et face aux nombreux défis politiques, culturels et économiques, la nouvelle de sa fermeture imminente, pour l’instant reportée, a causé à ses lecteurs de diverses opinions un véritable choc moral. Reflet des événements de toute une région et des crises qui empirent à tous les niveaux, cette voix singulière a pourtant convaincu pléthore de gens (surtout durant la guerre civile au Liban et l’invasion sioniste de 1982 qui a atteint Beyrouth) qu’elle était vraiment la voix des sans-voix, une voix familière au milieu de la cacophonie.
Le journal As-Safir est connu pour la compétence de son verbe ; ses prises de position éclairées ont presque fait du Liban le porte-parole du mouvement national, des courants gauchistes, de l’arabisme, de la Palestine et de sa résistance, et ce de manière constante quels que soient les événements.
La Palestine a toujours été une question omniprésente dans les pages du journal, tribune ouverte aux principaux créateurs palestiniens, dont Naji Al Ali, Mahmoud Darwich, Edward Saïd et bien d’autres, jusqu’à la parution en 2010 du supplément mensuel sur la Palestine. Espace de rencontre entre passé, présent et avenir, ce supplément nous assurait que le temps avait commencé avec la Palestine et se prolongeait avec elle, perpétuant ce devoir de libération, de justice et d’identité combative pour tous ceux qui croient que la Palestine est la question centrale, qu’il serait juste qu’elle figure à l’ordre du jour de tous les Arabes, des musulmans et des militants de tous horizons.
La fermeture reportée du journal, si elle a lieu, est d’abord, avant même de toucher la presse arabe et ses lecteurs, une perte pour la Palestine. Ce quotidien a profondément touché nos consciences, il a contribué à la formation d’une mémoire riche et toujours en éveil, créant des liens indissolubles avec ses lecteurs. Pour eux As-Safir est ce témoin entré jusqu’en leur cœur et leur raison, appelé à ne jamais les quitter quelles que soient les difficultés.

Dunia el-watan, Palestine