Le Safir libanais est une grande école dans l’histoire de la presse libanaise et arabe, qui a vécu quarante-sept ans tout en gardant sa ligne éditoriale ; à l’ombre d’une réalité plongée dans les seuls faits régionaux, dans le sectarisme et le confessionnalisme, il a choisi le nationalisme, le patriotisme mais aussi le religieux. On l’a vu inclure de grands écrivains égyptiens, dont surtout le grand disparu Moustafa el-Husseini, ainsi que de nombreux dessinateurs et artistes de ce pays.
(…) En vérité, la crise d’As-Safir est à l’image de celle de notre monde arabe.  Ainsi, Talal Salman, le fondateur, est un nationaliste arabe, venant d’une autre époque, dirait-on, analyste méticuleux de la situation régionale et internationale ; il n’est pas de ceux qui cachent leur ignorance par des slogans pompeux ou absurdes. Mais il est aussi musulman chiite, c’est pourquoi certains milieux confessionnels sunnites, qui tentaient de s’accaparer les lumières de son discours sur l’arabisme, n’étaient pas à l’aise avec lui, tout comme d’autres, chiites, qui voulaient faire dépendre les chiites arabes de l’Iran. (…) 
As-Safir est porteur d’une riche expérience, qui a eu un impact sur la presse libanaise et arabe. Il représente cette ligne inscrite dans sa devise, « la voix des sans-voix », que certains ont essayé de faire taire, mais il restera présent pour indiquer la voie d’un arabisme civilisé, démocratique et éclairé, capable de briser les obstacles confessionnels.

Al-Masry al-Youm, Egypte