Les arènes de la presse arabe ont connu un astre qui a brillé dans son firmament depuis le début des années 70 ; c’est As-Safir , le quotidien libanais de Talal Salman, une pure plume arabe. As-Safir est demeuré un symbole précieux durant plus de quarante ans, un témoin inséparable du mouvement nationaliste arabe, accompagnant ses hauts et ses bas, ses batailles et ses victoires, puis déplorant l’effondrement de ses protagonistes et de sa pensée, jusqu’à sa débâcle. 
Le Safir de Talal Salman n’était pas ce quotidien acceptant de coexister avec une réalité en froid avec la conscience arabe, car sa plume possède un caractère combatif, fluide, ferme et réfléchi, sans aucune de ces mesquineries qui assassinent la pensée ; elle offre un style diplomatique immunisé contre tout extrémisme, véritable antidote aux excès de toutes sortes et à la fureur. Néanmoins, la voix de la diplomatie ne trouve aucun soutien dans les arènes des questions arabes. En effet, si la plupart des journaux actuels rencontrent des difficultés, le journal de Talal Salman et ses semblables ont quant à eux un véritable problème de survie, car même s’ils ont faim, ils ne se prêtent qu’à la liberté, quitte à se nourrir de leur propre chair pour ne pas mourir.
La vie elle-même a combattu le journal As-Safir et affaibli ses forces, mais Talal Salman – que j’ai bien connu durant mon séjour à Beyrouth – a un cœur de lion, et sa plume sait lutter contre le sens du vent, quelle qu’en soit la direction.

Encyclopédie de la documentation globale, Soudan