L’homme immature et sans conscience donne à voir son corps blessé, malade ou meurtrier, guerrier contre l’humain, perdant son âme à chaque flot de sang. Ses dissensions et ses failles se révèlent à la façon dont il use de son corps.
Toi qui es femme, connais-tu ton corps, sais-tu ce qui en toi cristallise le désir si constant au cours de l’histoire, de t’avilir, de te soumettre, te nier dans ta chair ? Il doit dormir en ton corps une puissance, une splendeur dont tu as égaré la clef, pour que s’abattent contre toi les plus infâmes tyrannies.
Et si c’était au travers du corps que Dieu invitait à sa rencontre ? Alors toute atteinte serait profanation. Si la sagesse véritable, la spiritualité libérée des dogmes et des religions, passaient par le corps au lieu de le dénigrer, de le croire entrave au travail de l’esprit ? Avez-vous déjà observé l’intelligence de votre corps, pour lequel rien n’est hasard, où tout fait sens, avez-vous appris à écouter les intuitions qu’il vous prodigue, mieux, saurez-vous le considérer comme un don, le temple d’un souffle incarné, un oracle à consulter, interroger, dispensateur de connaissance par la voix de votre inconscient ou de vos sens, dans le réceptacle de vos cellules dont on sait qu’elles contiennent une mémoire prodigieuse ? Avoir un corps serait loin d’être suffisant ; être ce corps, l’habiter pleinement, conduirait à un authentique chemin de spiritualité et d’accomplissement.
L’homme a considéré qu’en son cerveau résidait toute la force de sa compréhension ; son ego s’en est satisfait, s’est constitué maître en certitudes, et a organisé ainsi la société. Pourtant, il a bien noté qu’à ses côtés, la femme n’agit ni ne discipline son être tout à fait comme lui. C’est ainsi qu’il n’a cessé d’être fasciné par elle, à moins qu’une peur ne l’étreigne au contact de mystères qu’il a méprisés. N’est-ce pas précisément parce que la femme est plus naturellement initiée à la spiritualité de son corps, aux savoirs qui s’y nichent, liée plus intimement aux cycles des saisons et des astres, aux confidences de la terre ? C’est qu’elle fut prêtresse bien avant que ne poussent les barbes bibliques, prophétesse et chamane en amont de toute révélation consignée, mais elle a été particulièrement écartée par les religions du livre, dénigrée comme sorcière, mise en dehors du fait religieux, dans lequel pourtant elle excelle, détentrice d’une science ancestrale, capable d’écouter le « divin en soi », habile à déchiffrer les messages et les signes, le langage des rêves et des émotions. En bâillonnant le versant féminin de lui-même, l’homme s’est privé tout à la fois de l’humain et du divin, comme le démontre si cruellement l’état du monde. La femme elle-même a oublié qui elle était ; pire, on la voit enfermée dans la haine de sa propre féminité, s’organisant en milice pour combattre ses sœurs.
Pourtant nous avons besoin, de toute urgence, que la femme réintègre son temple déserté, qu’elle se penche sur cette sagesse enracinée dans les profondeurs de son corps. C’est seulement ainsi qu’il sera possible de rééquilibrer le fléau de la balance, car féminin et masculin sont deux polarités indissociables, dont l’union et l’étreinte, ne livrant plus leurs corps à la détestation mais à l’amour, se placent non seulement à la source de toute vie, mais constituent aussi notre seule évolution possible.