Les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Barack Obama, se sont entretenus en novembre dernier, lors d’un tête-à-tête au sommet du G20 en Turquie, au sujet de la crise syrienne et de la guerre contre Daech. Il s’agissait de leur première rencontre depuis le déclenchement des opérations aériennes russes en Syrie, rencontre que des observateurs russes et occidentaux ont décrite comme une tentative de dégel entre la Russie et les États-Unis.
Le président russe n’avait échangé qu’une brève poignée de main avec le président américain en septembre, en marge de la session plénière de l’Assemblée générale de l’ONU, lors de laquelle il avait annoncé le début des opérations aériennes en Syrie. Mais après le crash de l’avion russe au-dessus du Sinaï, dont Poutine a reconnu officiellement qu’il s’agissait d’une opération terroriste, et depuis les attentats de Paris, il semblerait que l’Occident soit amené à reconsidérer sa position à l’égard de la politique russe dans la question syrienne. En effet, le président français a amorcé un rapprochement avec son homologue russe, convenant avec lui de la coordination des opérations militaires contre Daech en Syrie ; François Hollande s’est ainsi rendu à Moscou en novembre, juste après une visite à Washington. Fait notable, le président russe a considéré comme alliés les marins français à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle naviguant au large de la Syrie, et a ordonné à l’équipage du croiseur lance-missiles Moskva, qui soutient les opérations russes en Syrie, de coopérer avec les vaisseaux de guerre français dans les coups portés contre Daech. Par ailleurs, des sources américaines indiquent que le porte-avions Harry-Truman pourrait rester un certain temps en Méditerranée, pour pilonner les positions de Daech en coopération avec les forces navales françaises, certains observateurs russes s’attendant à une coordination entre les vaisseaux de guerre des trois pays dans la lutte contre l’organisation terroriste.
Dans le contexte des tentatives de dégel entre la Russie et l’Occident, le président américain a loué depuis les Philippines le rôle russe en Syrie, soulignant que les États-Unis appuyaient les opérations aériennes de la Russie contre Daech. De surcroît, le secrétaire de presse du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que la lutte contre Daech était désormais un but stratégique commun pour Moscou et Washington en dépit de l’existence de divergences tactiques ; le quotidien Nezavissimaïa Gazeta, dans son numéro du 17 octobre, affirmait quant à lui que Washington considérait toujours Moscou comme « un ennemi et un danger semblables à Daech » mais qu’il était « subitement devenu un partenaire pour les plans visant à éradiquer les menaces terroristes ». D’autres médias, citant une source proche du Premier ministre britannique, David Cameron, ont affirmé que les États-Unis et les pays européens avaient convenu d’un commun accord, dès avant le sommet du G20, de la possibilité de garder Moscou proche de la coalition occidentale anti-Daech ; l’ancien président français Nicolas Sarkozy avait notamment déclaré qu’il n’était pas possible qu’il y ait « deux coalitions en Syrie combattant le terrorisme ». De son côté, le président russe a mis l’accent, lors de ses multiples interventions au sommet du G20, sur l’existence de personnalités politiques en Europe qui sont bien conscientes de l’impossibilité de régler le conflit syrien sans coopérer avec la Russie, martelant dans le même temps : « Les États-Unis ne peuvent continuer à donner des leçons au monde, lui dictant ses déclarations et les positions qu’il doit adopter. » (…)