Pratiquant avec passion le judo et la plongée sous-marine, participant à des campagnes de sensibilisation pour la protection des ours polaires, Poutine n’apparaît pas, aux yeux du monde, comme un président traditionnel. Un reportage télévisé le montre en train de déterrer de ses propres mains un trésor historique. On le voit tantôt torse nu sur la couverture des magazines – signe de puissance et de virilité ? –, tantôt aux commandes d’un char ou d’un sous-marin, ou en campagne en train de donner des directives militaires. Des méthodes certes pour le moins sujettes à controverse pour l’Occident, mais qui ont contribué à relever sa popularité de manière significative auprès des Russes, dont l’inconscient collectif aime à voir ravivé le mythe du père de la nation remontant au tsar Pierre le Grand. Poutine a le mérite d’avoir ranimé cette ancienne nostalgie. Il faut dire que tout successeur du président-désastre qu’a été Boris Eltsine ferait figure de héros national en Russie ; on comprend alors ce qu’il en est d’un président charismatique ayant directement pris les rênes du pouvoir dans le sillage d’Eltsine.
D’après le politologue américain George Friedman, les appréhensions occidentales vis-à-vis de la Russie ne sont pas dues à sa force mais à son impuissance. (…) Toutefois, la Russie est-elle vraiment faible ?  
Il est vrai que lui manque une structure économique moderne et qu’elle ne figure pas parmi les dix premières économies du monde ; d’un côté l’État russe tire ses revenus de secteurs qui lui assurent un certain avantage dans les domaines industriel, technologique et militaire, mais il pâtit par ailleurs de graves problèmes démographiques, sa population décroissant de façon inquiétante. Ainsi, à titre d’exemple, dans la région russe extrêmement sensible de Mandchourie, ne vivent que cinq millions de Russes, contre cent millions de personnes du côté chinois ; le problème a déjà été évoqué par Poutine, moult rapports faisant état des sérieuses difficultés rencontrées par l’armée pour enrôler les effectifs qui suffiront à activer ses unités. Le commandement russe a dû élaborer des plans visant à moderniser l’appareil militaire hérité de l’époque soviétique, surtout après les revers subis en Géorgie ; pour dynamiser l’armée, il a fallu concevoir des unités plus petites et plus efficaces car plus mobiles. En parallèle, de multiples transactions ont été conclues pour l’achat de chars et de véhicules plus modernes pour le transport de troupes, ou pour renforcer la puissance de feu de la marine russe. Néanmoins, plusieurs de ces plans tombèrent à l’eau du fait de la chute des prix du pétrole. Et même si la puissance de l’armée russe est un fait généralement reconnu et acquis, ceci suffit-il à faire de la Russie un État puissant et une nation forte ?    
L’expansion de l’OTAN vers les pays d’Europe de l’Est peut être considérée comme une provocation de la Russie, une tentative de l’Occident pour la dompter, pensant être en mesure de réduire sa capacité et ses velléités à s’opposer à lui efficacement. D’ailleurs, en essayant de modifier son environnement stratégique, et à défaut de canaux diplomatiques, il ne reste à la Russie que son bras militaire exécutif, dont elle a fait usage en Ukraine et qu’elle utilise à présent en Syrie. Certaines élites russes pro-occidentales affirment que l’Occident, durant la période ayant suivi l’effondrement de l’URSS, n’a pas réussi à traiter convenablement avec la Russie, répétant à l’envi et avec amertume que le peuple russe s’attendait à un plan d’action de la part des pays occidentaux, comme il y eut un plan Marshall pour aider à la reconstruction de l’Allemagne et des pays d’Europe de l’Ouest, ou des mesures mises en place au Japon par MacArthur au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ceci n’a pas eu lieu, laissant un sentiment de frustration au cœur du peuple russe, le poussant à croire dur comme fer que l’Occident est hostile non seulement au communisme, mais aussi à la nation russe. L’on comprend dès lors que Poutine tire son extrême popularité du sein même de la Russie patriote, pour la simple raison qu’il y titille des sentiments nationaux bafoués. (…)