Pendant que la région flambe, que l’Intifada renaît en Palestine et prend la forme d’une guerre de couteaux, pendant que les avions russes sont entrés en Syrie, le Liban, toujours sans président de la République, muni d’un Parlement au chômage et d’un gouvernement qui ne se réunit plus que pour traiter du problème des déchets, le Liban, donc, a décidé, comme à son habitude, de se montrer fidèle à ses rendez-vous culturels. Il ne les manquerait pour rien au monde, et celui qui ouvre la saison automnale, c’est bien sûr le Salon du livre francophone de Beyrouth, qui s’est tenu du samedi 24 octobre au dimanche 1er novembre 2015. Cent cinquante auteurs ont été conviés cette année, entre écrivains confirmés et jeunes talents ; le salon avait fait le pari de dépasser, à l’instar des années précédentes, les 50 000 visiteurs, lesquels pouvaient déambuler entre plus de soixante exposants, et assister à la remise de six prix littéraires. Moins de politiciens se sont trouvés à l’inauguration, on ne s’en plaindra pas, à l’heure où les rues enflammées de Beyrouth sont le symbole d’une dénonciation unanime de la classe politique dans son ensemble, responsable de la déliquescence et de la crise économique du pays.

La présence aux événements du salon s’est avérée mitigée. Si la tribune étudiante, avec Kamel Daoud, a connu une affluence record, avec des signatures à la chaîne, Alain Gresh quant à lui, l’éminent journaliste du Monde diplomatique, présent à la table ronde sur l’islam en France et en Europe, n’a pu réunir qu’une cinquantaine de personnes. Où sont donc passés les étudiants en journalisme ? De quoi rappeler peut-être que le journalisme se meurt.    

Les idées nouvelles ne manquaient pas par ailleurs. L’atelier « webradio » (avec le département langue française de l’Institut français du Liban) proposait à une vingtaine de lycéens et d’enseignants l’expérience de création d’une « webradio », une formation animée par Thierry Riera de Radio France.

Le site web du Salon du livre francophone de Beyrouth ne s’est pas montré à la hauteur de l’événement, ce qui reflète le manque de moyens matériels dédiés à la communication ; statique, empêtré dans ses problèmes techniques, il ne présentait que le programme du salon en version PDF téléchargeable, ou à feuilleter en version dynamique, et il renvoyait surtout à Facebook. Quant au Facebook de l’événement, si le salon a dépassé la barre des 5 000 « j’aime » (like), il a en revanche suscité un nombre minimal de réactions de la part des internautes autour de ses événements, moins d’une dizaine de « j’aime » par événement, dont certains venaient des employés de l’ambassade de France, organisatrice du salon. Oui, la francophonie est en danger. Oui, la culture est en danger. D’où le mérite des organisateurs à persévérer. Qu’adviendrait-il d’une vie sans culture ?

« La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées (…) », écrivait Descartes. Le Salon du livre permet de tenir encore un peu cette conversation.

Les grandes orientations du salon