En 2014, l’Égypte a occupé la première place en matière de revenus sur investissements, et l’indice boursier a augmenté de plus de 30%. Ayant obtenu des assurances du président Abdel Fattah Al-Sissi, garant de la sécurité et de la stabilité dans le pays, les investisseurs ont réintégré le marché égyptien après la période troublée qui a suivi la révolution du 25 janvier 2011. La politique d’Al-Sissi, conduite d’une main de fer, et son programme de développement économique, ont attiré des investissements importants dans le pays. Mais les libertés politiques, elles, ont été sacrifiées et sont entrées en hibernation.
Le taux de croissance économique a atteint 5,3% au cours des six derniers mois, tandis que l’an dernier, à la même période, il affichait 1,2%. Les investissements étrangers directs se sont accrus de plus de 140%, tandis que le déficit budgétaire s’est maintenu dans des limites acceptables. En revanche le taux de chômage n’a pas enregistré de baisse, il concerne toujours 13% de la population active.
L’Égypte a bénéficié d’une aide financière s’élevant à 12,5 milliards de dollars, en provenance des pays du Golfe qui soutiennent le programme politique d’Al-Sissi. A la conférence de Charm El-Cheikh, qui a eu lieu en mars dernier, le président égyptien a en outre récolté d’importantes promesses d’investissements, qui se chiffrent en centaines de milliards de dollars. La majorité de ces investissements concerne les secteurs de l’énergie et de l’immobilier ; ainsi, la société British Petroleum (BP) va investir douze milliards de dollars, en signe de confiance dans le nouveau climat favorable aux investissements dans le pays.
Ces « réalisations » ne sont pas fortuites mais résultent d’une série de mesures prises par Al-Sissi, comme la suppression des subventions aux carburants et l’ouverture du pays aux grandes compagnies du secteur énergétique. Il faut espérer que les nouveaux investissements conduiront à un accroissement de l’alimentation électrique pour les populations.
En matière de fiscalité, le gouvernement avait promis une baisse des impôts, pour les entreprises comme pour les particuliers, de manière à atteindre un taux d’imposition de 22% au seuil de la prochaine décennie. Mais il n’en a rien été. Au contraire, le taux a grimpé, passant de 25 à 30%.
Subsiste aussi le problème majeur du change des devises fortes, dont les réserves ont chuté, atteignant des niveaux faibles à cause des incidents sécuritaires, de la baisse du tourisme et de la fuite des capitaux étrangers. Pour entraver la circulation de ces capitaux, l’État a décrété des restrictions sur les dépôts et le retrait des fonds en dollars américains. Par ailleurs, l’appréciation de la livre égyptienne est apparue trop élevée en comparaison de sa valeur réelle. Toutefois, la baisse de l’euro a ranimé une certaine confiance, si bien que la livre égyptienne a limité sa baisse à 8%, alors que la livre turque et le dirham marocain, par exemple, ont chuté de 20%, ce qui a eu pour effet d’augmenter les exportations de ces deux pays de manière significative.
Cette analyse montre que le gouvernement égyptien a opté pour le système néolibéral. Le régime de Moubarak avait précisément choisi la même politique économique. Les résultats seront-ils plus probants ?