Il est triste de constater que l’Irak se transforme peu à peu en pays pauvre, lui pourtant si riche en ressources naturelles, avec ses deux fleuves majeurs, et pourvu de vastes réserves de pétrole à fort débit de production. Le gouvernement actuel s’y montre incapable de présenter un budget ; pire, il met un point d’honneur à en exclure toutes les dépenses en projets de développement, pourtant programmés et tellement indispensables…
Le règne tyrannique de Saddam Hussein, et les guerres absurdes qui ont ponctué son mandat, n’ont abouti qu’à la livraison du pays, pieds et poings liés, entre les mains de l’occupant américain, et à la substitution d’une « domination chiite » à l’ancienne « domination sunnite ». Résultat ? C’est bonnet blanc et blanc bonnet : les deux parties rivalisent en matière de corruption, et l’une comme l’autre sont prêtes à mettre en péril l’unité d’un peuple, au risque d’une déchirure sur base confessionnelle.
Quand les hordes de Daech se sont répandues dans le pays, en provenance des frontières turques et de Raqqa, leur première base en Syrie, elles n’ont trouvé personne pour arrêter leur progression. Une pluie de questions a alors secoué les esprits : comment ces mercenaires ont-ils pu parcourir des centaines de kilomètres sans rencontrer la moindre résistance ? Qui les a armés, qui les a financés ? Où ont-ils reçu leur formation militaire et où ont-ils été mobilisés ? Qui les a conduits aussi efficacement, avec l’expertise d’un général en campagne, parfait connaisseur de la nature du terrain et familier des habitants du pays ? Il s’avère finalement que bon nombre des soldats de Daech sont issus des rangs de l’ancienne armée irakienne, et que ses dirigeants sont des officiers irakiens qui se trouvaient dans les centres de décision durant le règne de Saddam Hussein, mis à pied sans justification convaincante, seulement parce qu’ils étaient sunnites, et remplacés par leurs anciens subordonnés chiites indépendamment de leurs compétences et d’une quelconque aptitude à assumer leurs nouvelles fonctions. Conséquence : l’Irak a été divisé sur base sectaire, et son Etat s’est effondré.
De la même manière, la guerre en Syrie et contre elle n’aurait certainement pas pris un tour aussi sanglant si elle ne cristallisait pas un retournement contre la prédominance d’une confession, précisément contre la concentration du pouvoir entre les mains de la minorité alaouite ; l’exclusion de la majorité sunnite des centres de décision est ce terreau favorable où la guerre s’est enracinée, d’autant qu’elle a été précédée par l’effritement du voisin irakien sur base confessionnelle. En outre, de nombreux pays sont entrés en conflit avec le régime syrien, jusqu’à armer l’opposition, peut-être justement parce qu’ils ont échoué à en dominer les instances décisionnaires, ou à en modifier les orientations politiques. Le recours au confessionnel ne fut donc qu’un prétexte, il ne prédomine qu’en apparence, quand le seul but est de faire bouger le positionnement politique de la Syrie. Le terrain était donc fertile en Irak aussi bien qu’en Syrie pour utiliser le poison de l’arme confessionnelle, et pour donner de la voix au nom de l’injustice subie par les sunnites, occultant les véritables motivations politiques qui sous-tendent les positions des uns et des autres.

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