Elle a une manière bien à elle, Leila Barakat, de dire « fiat », qu’il en soit ainsi… et aussitôt les choses sont. Ce n’est pas dans sa nature de construire des châteaux en Espagne. Ses projets, elle les concrétise avec le ravissement de la rêveuse et l’ardeur de la volonté. Elle choisit le concevable, et réalise l’ardu. Si elle a une idée en tête, celle-ci est sans délai mise à exécution, sans tergiversations.

Elle a dit à Talal Salman, l’éditeur et rédacteur en chef d’As-Safir : « Qu’ As-Safir paraisse en français, une fois par mois ! ». La chose paraissait impensable, en considération des nombreuses difficultés qui jalonnent sa réalisation. Peu importe, Leila Barakat prend tout à sa charge et s’attelle à la tâche : elle sélectionne des articles publiés dans le quotidien – enquêtes, points de vue, dossiers… –, les fait traduire en français, puis elle leur adjoint des articles rédigés directement en français par des écrivains libanais, arabes et étrangers, et enrichit le tout de dessins et photos aux chatoiements de miniatures.

C’est ainsi que le scepticisme s’est évaporé au soleil de la conviction, et que Le Safir francophone est né. C’était il y a un an : le papier blanc brillant, l’élégance de la mise en page, la pertinence de la sélection des articles, les thèmes choisis, les compléments et prolongements appréciables, tout visait à présenter au lecteur francophone un style de pensée, une approche et une méthode de traitement de l’information qui lui sont inhabituels ou inconnus... En effet, la francophonie, dans la majorité de ses manifestations et activités, adopte un point de vue orientaliste typique : au sein de la culture politique libanaise prépondérante, elle recherche des semblables, des proches, des épigones, qui s’alignent sur ce qui parle à l’esprit et à la culture de l’homme occidental, elle s’adresse en priorité à celui qui s’apparente à la culture occidentale au point d’adopter ses manières de penser, et parfois ses options politiques.

Avec Le Safir francophone, Leila Barakat fournit au lecteur, à travers le choix des textes traduits, des analyses et des lectures différentes, basées sans ambiguïté sur une appartenance libanaise, arabe, progressiste et démocratique ; l’ensemble est rédigé dans un style, avec des méthodes analytiques et des techniques narratives dont la facture est à la fois classique et novatrice, décryptant le réel et les événements de manière objective et engagée.

Aux toutes premières parutions, l’accueil s’était teinté de surprise et ponctué d’un point d’interrogation. Quelques numéros plus tard, la spécificité du projet était reconnue, et le mensuel avait déjà acquis un lectorat enthousiaste, composé d’étudiants, d’universitaires et d’un public francophone de tous horizons. Sa publication s’est poursuivie immuablement tous les premiers lundis du mois, chaque numéro apportant du neuf, avec sa façon particulière d’aborder et de traiter un thème et une problématique précis... En plus du bataillon de plumes du quotidien arabophone, Leila Barakat a recruté des contributeurs de l’extérieur, amplifiant ainsi l’expérience.

Tel est Le Safir francophone ; il a franchi avec succès le cap de sa première année d’existence, et il amorce la deuxième, poursuivant son apport remarquable au monde de la presse libanaise.

Elle est ainsi, Leila Barakat. Elle a dit au Safir francophone : « Sois ! ». Et il est né...

Plus encore, il perdure.