« Qu’est-ce que c’est une femme ? Pour la définir il faudrait la connaître ; nous pouvons aujourd’hui en commencer la définition, mais je soutiens qu’on n’en verra le bout qu’à la fin du monde. » (Marivaux)  

Qu’est-ce qu’une femme ? La question mérite réflexion… Disons que dans le monde arabe, sur mille femmes environ une seule peut se prétendre telle. Dans le sens qu’une seule a pu se réaliser, ou accomplir quelque chose dont elle puisse tirer fierté non seulement pour elle-même, mais pour toutes, voire pour tous…

Or les femmes sont individuellement responsables de leur avenir, en même temps qu’elles ont à répondre collectivement de l’image de la femme. Pour cela elles doivent apprendre à se revaloriser. Un travail sur soi, en quelque sorte, doublé d’un travail dans l’espace collectif.

Apprendre à être femme… et à se revaloriser

En travaillant, en gagnant son pain, en arrachant ses droits, la femme arabe accomplit la moitié du chemin. « C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète. » (Simone de Beauvoir).

L’autre moitié du chemin est plus ardue. Elle nécessite, pour se pencher sur les vrais problèmes du monde du dehors, de se libérer des méandres de sa vie introvertie, de ses émotions accaparantes. Ainsi l’entendait Margaret Thatcher, qui peu avant sa mort rétorquait à son médecin inquiet pour sa santé : « Pourquoi tout le monde me demande ce que je ressens ? Demandez-moi ce que je pense. Ce sont les idées qui font avancer le monde ».

Toute femme arabe qui, à travers les siècles, a œuvré pour la cause des femmes, que ce soit pour l’éducation des filles ou pour amender une loi discriminatoire à l’encontre de son sexe, est une militante qui honore la lutte féministe. Elle a accompli l’autre moitié du chemin. Bien que pionnières et solitaires, ces militantes ont mené les premiers combats pour une égalité sans cesse remise en cause.

Dans sa double lutte, personnelle et collective, la femme doit aussi, bien entendu, trouver des alliés parmi les hommes. C’est pour soi, non contre l’homme, qu’une femme évolue. Les droits des femmes représentent une cause à laquelle beaucoup d’hommes sont acquis – tandis que trop de femmes y sont indifférentes, et continuent à éduquer leurs enfants dans la suprématie du mâle. Heureusement, pas tous les hommes sombrent dans une misogynie primaire. « L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain », écrivait Stendhal. Louis Aragon ira plus loin : « L’avenir de l’homme est la femme - Elle est la couleur de son Ame - Elle est sa rumeur et son bruit - Et sans Elle, il n’est qu’un blasphème.»