Deux figures ont récemment fait la une des journaux, des antihéros en chair et en os, au sens où l’antihéros met son absence de qualités au service du pire. Le premier est l’ancien ministre Michel Samaha, qui a reconnu avoir apporté de Syrie des explosifs destinés à être utilisés pour des attentats au Liban. Etre ministre et transporter des explosifs pour faire sauter ses compatriotes, cela ne se rencontre pas tous les jours. Les Libanais habitués à le voir matin, midi et soir prêcher la droiture politique dans les médias, en sont restés bouche bée.

Ce qui encourage l’éclosion de telles anomalies humaines, c’est le délitement de l’Etat de droit. Pour toute peine, l’ancien ministre passera quatre ans et demi derrière les barreaux avec travaux forcés, et sera privé de ses droits civils. Un verdict qui en a scandalisé plus d’un, notamment le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt qui a estimé qu’un tel jugement légalisait l’assassinat et les attentats à la bombe. Il faut croire que les acolytes du diable n’ont plus guère de difficulté à se fondre dans l’environnement que nous leur avons créé.

La seconde figure authentique d’homme perverti est celle de Rustom Ghazalé ; ancien chef du renseignement politique syrien, il a en son temps gouverné le Liban d’une main de fer et traité impitoyablement les rebelles syriens. Ce personnage sanguinaire a fini noyé dans son propre sang. Roué de coups au cours d’une querelle avec un autre cadre du renseignement qui l’a fait tabasser par ses hommes de main, il est décédé un mois plus tard à l’hôpital. Les causes précises de sa mort (orchestrée par le régime ?) n’ont jamais été éclaircies. Une fin bien humiliante pour celui qui arrosait d’humiliations publiques les leaders politiques libanais. Le mal corrosif dévore ceux qui le servent.

Il convient de rappeler cependant que lorsque le fameux Rustom était au faîte de sa puissance, il était accablé de cadeaux par certains politiciens libanais, des présents qui se chiffraient en millions de dollars, parmi lesquels voitures et belles de nuit – jusqu’à l’offrande de leurs propres épouses… Les courtisans d’hier jubilent aujourd’hui, ils se moquent de la déchéance de leur prince – n’est-ce pas la preuve qu’ils sont de semblable engeance ? Par magnanimité notre confrère As-Safir a décidé de relater ces faits avec pudeur et neutralité. Nous faisons de même…