L’Iran a réussi à s’imposer en Orient comme un Etat influent. Cette montée en puissance a été favorisée par de nombreux facteurs : la perte par l’Egypte de son statut de leader, les guerres livrées par les Arabes en Syrie, la prépondérance des problèmes internes accaparant les autres régimes de la région, et surtout l’abandon par les Arabes de la cause palestinienne. Le régime iranien, en revanche, n’a jamais négligé la Palestine dans son discours politique et a soutenu le jihad pour cette cause sainte.

La révolution iranienne avait déjà trouvé son chemin vers plusieurs capitales arabes, dont Damas où elle avait été bien accueillie par Hafez al-Assad. Au Liban, Téhéran était devenu le partenaire de la résistance, apportant son soutien contre Israël lors de l’occupation du sud en 1978 ou de l’invasion de Beyrouth en 1982 – lorsque la résistance a forcé l’occupant israélien au départ, Téhéran fêta tout autant l’évènement. En 2006, alors que la victoire contre la nouvelle offensive israélienne offrait l’occasion historique de restaurer l’unité, les monarchies pétrolières arabes ont mené campagne contre la résistance, l’accusant d’allégeance à l’Iran.

En Irak, après l’invasion des Américains auxquels s’étaient ralliés la plupart des Arabes, Téhéran fut naturellement considéré comme un partenaire dans la nouvelle répartition des pouvoirs... Devenu un acteur majeur du destin de Bagdad, l’Iran renforça son alliance avec Bachar al-Assad, qui avait hérité du rôle de son père, tandis que les Arabes… s’effaçaient littéralement. Les Irakiens ne sont plus qu’identité morcelée, entre des sunnites sous tutelle saoudo-américaine et des chiites sous tutelle irano-américaine... Dans ce jeu les sunnites apparaissent désormais comme des Arabes avec une prédominance kurde et turkmène, et les chiites comme d’autres Arabes certes, mais avec une prédominance tribale qui les lie aux bédouins du Hijaz et de Najd, marqués par la « stigmatisation iranienne » afin de les désigner comme les ennemis des sunnites, voire des Arabes en général.

Au Yémen l’Arabie Saoudite et certains pays du Golfe ont falsifié la nature de la guerre actuelle contre les chiites houthis en l’assimilant à une guerre contre l’Iran perse, accusant de manière blessante les chiites arabes de privilégier leur confession au détriment de leur arabité, et l’Iran au détriment de leur patrie. L’image médiatique orchestrée est celle d’une guerre contre les chiites regroupés sous la bannière de l’Iran perse.  

Pourtant… même Barack Obama ne s’est pas retenu de dire à la famille royale saoudienne et à ses pairs du Golfe que les véritables problèmes, qu’ils négligent de régler, sévissent au cœur de leurs propres sociétés. Et que la sourde colère à l’égard du pouvoir, le chômage et le climat générateur de conflits qui poussent les jeunes à l’extrémisme et au désespoir dans leurs pays, sont bien plus dangereux pour eux… que l’Iran.