Au cours de l’invasion israélienne paraissait sur la page officielle du compte Twitter de l’armée israélienne la photo d’un édifice, celui du palais de Westminster à Londres, bombardé par les missiles du Hamas. Le tweet était accompagné de la question « Et vous, que feriez-vous ? » sous-entendant par là l’attitude qu’adopterait la Grande–Bretagne si elle venait à être exposée à de semblables projectiles. Les mêmes roquettes virtuelles se sont également abattues, depuis l’agression israélienne contre Gaza, sur New York et Paris, par l’intermédiaire des photos publiées sur le compte de l’armée d’occupation. Mais, contrairement à la presse américaine ou française, les journaux britanniques ont répondu à la question posée par les Israéliens, considérant que la publication de la photo en question obéissait à un objectif précis, celui de faire parvenir un message à l’opinion publique britannique qui a, ces dernières années, franchement apporté son soutien aux Palestiniens. D’après The Telegraph, les réactions des Britanniques au montage photo furent, dans leur majorité, négatives, voire carrément hostiles. A ce sujet, Andy Slaughter, député du Parti travailliste de gauche, déclarait au quotidien : « La campagne israélienne “Et vous, que feriez-vous ?” est un fiasco, et je pense que ses conséquences seront à l’inverse de celles escomptées ».

L’ennemi redoublait de férocité dans son action d’« autodéfense » : il avait massacré plus de 650 Palestiniens ; dans le même temps, il créait sur les réseaux sociaux une bataille parallèle, œuvrant à l’élaboration d’un discours uniformisé destiné à transformer chaque colon israélien en un petit soldat sans cesse sur le pied de guerre. L’observation attentive de Twitter depuis le début de l’agression révèle que s’y livrait une véritable guerre de communication. La propagande médiatique israélienne n’était certes pas chose nouvelle, mais la bataille qui se jouait sur Twitter a atteint une férocité jusqu’ici inégalée. Dans ce contexte, la disproportion des forces militaires engagées sur le terrain a trouvé son équivalent dans l’espace des réseaux sociaux, où la puissance et les ressources d’Israël surpassaient par la qualité de leur organisation celles des fractions de la résistance palestinienne actives dans le même secteur.

Le compte Twitter de l’armée d’occupation bénéficiait en effet de dizaines de mises à jour quotidiennes relatives à l’action militaire israélienne, messages lapidaires, photos et vidéos à l’appui. En outre, y étaient régulièrement publiés des communiqués relatifs aux raids aériens sur Gaza et au pilonnage des colonies par le Hamas. Les mobiles de ce dernier y étaient « analysés » en permanence. Des montages scéniques graphiques montraient comment le Hamas transformait les habitations des civils en positions militaires et en dépôts de munitions.

Le même discours de désinformation, normalisé et hostile, fut ainsi communiqué à tous les ministères et responsables israéliens ainsi qu’aux ambassades. Il était principalement orchestré par Afikhai Adrei et son collègue Ofir Gendelman, porte-parole du Premier ministre israélien à l’intention de la presse arabe, et qui s’exprimait sur Twitter aussi bien en arabe qu’en anglais. S’y joignaient les voix du chef du gouvernement Benyamin Netanyahou et du président Shimon Peres, au sujet de la guerre menée par Israël contre les « terroristes ».

Dans ce même contexte, il est notable de retenir qu’avant le match final de la Coupe du monde de football, l’armée israélienne demandait à chaque adhérent à son compte Twitter de passer en RT (de re-tweeter ou forwarder) le nombre de missiles envoyés de Gaza, mais sur fond de logo du Mondial, en vue d’en assurer la plus grande diffusion possible.

Au cours des dernières années, Israël a mobilisé des centaines d’étudiants pour participer à une vaste campagne de communication ; certains y ont œuvré publiquement, d’autres en catimini, dans le cadre d’un programme sur Internet destiné à promouvoir les intérêts d’Israël. Au début de l’agression contre Gaza, ces étudiants ont lancé sur les réseaux sociaux une campagne intitulée « Israël sous le feu », mais elle n’a pas eu le retentissement escompté face au succès des campagnes de solidarité avec la Palestine, dont la plus remarquable fut appelée « Gaza sous les bombes ».

Le responsable du programme susmentionné, Yarden ben Yosef (27 ans) déclarait dans le journal britannique The Guardian que plus de 400 étudiants s’étaient portés volontaires en vue d’activer  sur Facebook des pages en cinq langues (anglais, arabe, espagnol, portugais et allemand) qui se voulaient un concentré de communiqués « réalistes », loin de « la propagande, de l’outrance et des mensonges ». « Nous faisons face, a-t-il dit, à la propagande palestinienne et nous expliquons le point de vue israélien », les réseaux sociaux étant, selon ses dires, « l’autre espace où se déroule la guerre ».

En dépit de tout cela, et malgré les tactiques belliqueuses utilisées telles la diffusion de tweets favorables à sa guerre, il semble bien qu’Israël ait perdu sa bataille sur les réseaux sociaux. Il est éclairant de constater à ce propos que le compte du Premier ministre israélien finançait la diffusion sur Twitter.

Au cours de l’opération « Plomb durci » (2008-2009), plus de 1 300 Palestiniens, en majorité des femmes et des enfants, ont perdu la vie. Des maisons, des écoles, des hôpitaux ont été détruits. Ce que les médias occidentaux trouvèrent alors à dire sur le sujet consistait à répéter combien grande était la peur d’une poignée de colons israéliens lorsque quelques obus de facture rudimentaire s’étaient abattus sur le sud des territoires occupés. Les journalistes ne furent pas autorisés à pénétrer dans la bande de Gaza. Mira Bar Hillel, Israélienne partisane de la cause palestinienne, écrivit dans un article pour le quotidien britannique The Independent : « Le massacre au cours duquel fut utilisé le phosphore blanc internationalement proscrit et que le monde passa presque sous silence, a échoué à atteindre ses objectifs déclarés. Si bien que le Hamas en est sorti indemne et que la haine contre le persécuteur s’est encore envenimée ».

Quelques années d’un développement inouï des moyens de communication auront suffi à changer la donne à jamais. Voici venu le temps de l’archivage des horreurs, tant de la part des correspondants et des envoyés spéciaux qui représentaient les médias traditionnels, que de celle des Palestiniens qui ont résisté, debout, à la canonnade.