Bien que les médias traditionnels se focalisent sur la couverture de l’actualité palestinienne au quotidien, lui consacrant des temps d’antenne relativement importants dans le cadre de leurs programmes, reportages ou journaux d’information, ils ne manquent pas de tronquer les événements en cours sur le terrain pour n’en retenir que ce qui leur semble « fondamental » et occulter le reste. Plus encore, l’accent est mis, dans la catégorie même du « fondamental », sur ce qui leur semble être, sous un certain angle, plus fondamental encore. En parallèle, les pages de Facebook et Twitter s’attellent à la diffusion de l’actualité palestinienne d’une manière différente et d’un tout autre point de vue.

Dans ce contexte se détache la page du réseau d’information Al-Quds, suivi par plus de deux millions de personnes. S’y ajoutent Gaza Today, Gaza Now et bien d’autres. La cadence de diffusion des informations (News ou Post) par Al Quds est de cinq à dix minutes, soit l’équivalent de 250 informations par jour. Toutes ces informations, largement suivies et commentées, circulent beaucoup sur les réseaux sociaux, ce qui montre à quel point cette page, parmi d’autres, s’est transformée en source première d’information concernant l’actualité palestinienne, voire dans bien des cas, en source exclusive.

Le principe moteur de ces pages d’information est celui d’une « information express ». En effet, toutes les informations y sont rapides et instantanées, fournies par un réseau de correspondants visiblement important et couvrant de nombreuses et vastes régions tant de la Palestine occupée qu’au-delà de ses frontières. Elles deviennent, de ce fait, incontournables pour tous les chasseurs d’informations, y compris dans les médias traditionnels et dans les milieux journalistiques. La densité des informations mises en ligne (infos « posted ») sur ces pages en constitue la principale force de diffusion (à l’instar des autres pages Facebook) ce qui a pour avantage d’épargner au visiteur ou à l’adhérent la mise en contexte et la concision imposées par les divers médias traditionnels, tant il est vrai qu’ici l’image informationnelle est riche en faits et pauvre en analyses prêtes à la consommation comme en projections.

En outre, si ces pages bénéficient d’une crédibilité supérieure, cela est dû au fait que ses journalistes sont les fils même de la cause palestinienne, des familiers de l’événement dont ils ont une connaissance directe, à la différence des « témoins oculaires » triés sur le volet dans le but de conférer quelque crédibilité à l’information tronquée présentée par les médias traditionnels. Même les  nombreuses pages qui affichent des options partisanes flagrantes ne peuvent pas, quand bien même elles le voudraient, tailler l’information à leur mesure. Car l’espace Internet, certes ouvert à tous, reste une petite et unique maison, ce qui contraint ces pages a priori partisanes à redoubler d’efforts pour faire preuve d’impartialité et d’objectivité à l’égard du peuple palestinien dans son ensemble, afin de gagner en crédibilité. En somme, la « fabrication » de l’information à laquelle s’attellent les chaînes par satellite est quasi inexistante dans l’information parallèle, où la proportion de mises en contexte et de travail de concision reste extrêmement faible. En outre, le propre de ces pages est qu’elles sont en quelque sorte spécialisées dans l’actualité palestinienne, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, chose que les médias officiels ne sont pas en mesure d’assurer, tant est large le rayon des événements qu’elles se doivent de couvrir.

En contrepartie, toute personne qui puise l’information sur la question palestinienne dans les médias parallèles se trouve confrontée à de nombreuses difficultés qui trahissent un manque d’expérience patent, comme par exemple les lacunes dans le traitement de l’image. Ainsi, sur l’une des pages est publiée la photo d’un soldat des forces d’occupation mort au combat ; on l’a affublé, par montage Photoshop, d’un cierge en signe de deuil, preuve d’une précipitation injustifiée dans l’approche de la matière informationnelle. D’autres erreurs sont plus graves et peuvent être fatales, comme la publication irréfléchie des noms des résistants martyrs avec mention des opérations finalisées, ce qui plus d’une fois eut pour conséquence le bombardement de leurs maisons par l’ennemi et des représailles exercées sur leurs familles.

En somme, face à l’expérience originale et remarquable de l’information parallèle concernant l’actualité de Gaza, et ce malgré les bavures, les erreurs et parfois peut-être certaines infiltrations, il est parfaitement justifié d’affirmer que l’une des victoires majeures de Gaza, au-delà des victoires politiques ou militaires, est incontestablement d’un tout autre genre : la victoire de l’information parallèle, l’information des gens, face à l’information institutionnalisée et officielle.