La relation du royaume saoudien avec son voisin yéménite n’a jamais été saine, le frère opulent regardant toujours son frère pauvre avec suspicion. Cette attitude, antérieure à la révolution qui a destitué l’imam zaydite héritier d’un pouvoir séculaire, n’avait pas pour motif les divergences en matière de jurisprudence entre wahhabites et zaydites, mais se rapportait à la terre… car les Yéménites considèrent que les Saoudiens ont tiré profit de la déliquescence de leur État pour leur soustraire de vastes régions par-delà Assir et Najran, jusqu’aux portes de La Mecque d’un côté, à celles de Riad de l’autre. L’Arabie Saoudite a envahi ces régions à l’issue d’une importante campagne militaire dirigée par feu le roi Fayçal Ben Abdul Aziz. La question des Zaydites est donc parfaitement contingente, fabriquée de toutes pièces pour qu’elle tienne lieu de prétexte confessionnel à une nouvelle guerre.

Dans l’opération « Tempête décisive » – expression inspirée d’un poème du roi Abdul Aziz, fondateur du royaume – les pauvres du Yémen, zaydites et chafiites, sont bien trop faibles pour faire face à une mobilisation aussi massive, tant en termes d’effectifs que de flottes navales et aériennes issues des armées galonnées d’or des pays du Golfe.

Le 26ème sommet arabe qui s’est récemment tenu à Sharm El Sheikh, apparaît comme un moment crucial dans l’histoire arabe moderne : l’attention y a été indiscutablement détournée du conflit israélo-arabe qui était sa raison d’être depuis sa création en 1963 en Égypte, pour se focaliser sur la guerre des Arabes contre les Arabes, et notamment contre le Yémen. Les Arabes régresseront-ils donc jusqu’à l’âge pré-étatique ? Et dans cette affaire… l’Egypte se comportera-t-elle avec plus de dignité que l’Arabie ? L’Egyptien serait-il le simple descendant d’une lignée de pharaons, ou bien est-il l’héritier d’époques historiques dans lesquelles s’entrecroisent les nationalités et ethnies qui lui ont donné son identité, avec cette dominante indélébile de l’islam pour religion et de l’arabe pour langue ?

Nous attendons aujourd’hui de l’Egypte, seule capable de se porter garante de l’unité du destin arabe, une réponse à sa mesure…