L’an dernier, à la veille du quarantième anniversaire de la parution du Safir, Dr Leila Barakat créa la surprise avec une initiative pour le moins inattendue : il était urgent selon elle de faire connaître le Safir au lectorat francophone, arguant combien notre journal est riche en idées, novateur et remarquable par la qualité de son service d’information.

La proposition fut alors considérée comme une délicate attention de la part d’une grande amie que les Libanais connaissent bien par ailleurs, et dont ils apprécient hautement la culture et le dynamisme, comme sa persévérance dans les actions où elle s’investit. Ils se souviennent de son travail auprès de plusieurs ministres (le ministre de la Réforme administrative notamment) mais aussi de son engagement dans les multiples activités qui ont célébré Beyrouth Capitale mondiale du Livre, événement dont elle fut à la fois l’initiatrice et la coordinatrice, avant de s’en faire la dépositaire, garante d’une réussite qui se confirma au-delà des prévisions les plus flatteuses. Elle est, en outre, une écrivain reconnue, auteur de plusieurs romans en français, langue qu’elle maîtrise avec une dextérité qui n’a d’égale que son application à interpréter les chiffres et leurs secrets les plus subtils…

Quelques jours plus tard, Dr Leila Barakat faisait irruption dans les bureaux du Safir en brandissant le plan de son projet. Elle avait pris soin de définir le statut du nouvel organe, afin d’en garantir l’autonomie qui permettrait de mieux concrétiser son concept, la création d’un journal regorgeant d’idées à partir d’une formule unique en son genre. Ladite formule consiste à sélectionner chaque mois le meilleur des articles du Safir tout en y ajoutant un supplément de matière, un enrichissement qui allait rapidement susciter une reconnaissance de mérite et d’excellence.

À la réception du « numéro zéro », force était de constater que le produit dépassait de loin nos attentes et nos espérances. Dr Leila Barakat avait soigneusement orchestré tous les détails : la maquette, les polices de caractères, ainsi que les illustrations, choisies parmi les chefs-d’œuvre de la peinture mondiale dans le but de valoriser le fond par la forme ; elle nous démontrait d’emblée à quel point la pensée qui s’investit au service du progrès humain est, en réalité, une, tant dans ses fondements que dans sa finalité, quelle que soit la langue dans laquelle elle s’exprime. Dr Barakat avait également « imposé » à des hommes et femmes de lettres, dont d’éminents universitaires parmi ses amis et connaissances, de collaborer au projet et de contribuer ainsi à réaliser le rêve d’un journal vibrant, flamboyant de culture et de raffinement tant dans le texte que dans les illustrations.

Certains d’entre nous se dirent alors que c’était sans doute là une lubie passagère qui ne ferait pas long feu. D’autres jugèrent l’aventure périlleuse et fort coûteuse, prophétisant que Dr Barakat elle-même ne manquerait pas d’y renoncer après un ou deux numéros ! Quelques esprits hypocrites se demandèrent à qui profitait réellement cette tentative qui serait forcément combattue, et que nul ne se risquerait à défendre.

Mais voici que Le Safir francophone amorce sa deuxième année d’existence et que nous fêtons l’événement. Le journal a désormais son public, qui apprécie l’effort fourni en vue de jeter des ponts, de rapprocher ceux que les frontières linguistiques ou la distance culturelle maintiennent trop souvent dans un rapport de répulsion, voire d’inimitié.

Le treizième numéro du Safir francophone atteste et confirme la réussite éblouissante du Dr Leila Barakat. En transmettant la pensée dans une langue noble confortée par un support iconographique de toute beauté, cette femme brise les obstacles, fait découvrir à des lecteurs  d’obédiences multiples qu’ils sont en vérité bien plus proches les uns des autres qu’ils ne l’imaginent, montrant ainsi la voie de l’unité dans la diversité.

Un hommage donc à cette créatrice, capable d’accomplir par la seule force de sa volonté un exploit culturel qui ajoute un insigne d’honneur au Safir et l’enrichit par son apport. Un hommage également à tous ceux, écrivains, penseurs ou journalistes, qui ont contribué à la réalisation de ce rêve. Celui-ci s’inscrit dans le livre d’or du journalisme au Liban, grâce à une pionnière qui sait abattre les murs dressés entre des hommes et des femmes ayant en commun leurs rêves de progrès et de dépassement des différences, afin qu’ils s’unissent dans l’affirmation de leurs valeurs et l’amour de l’élan créateur.