La malédiction s’est abattue sur le nord de la Bekaa, une région diversifiée sur les plans religieux, démographique et politique. Sa population, qui y vit dans la cohabitation, se retrouve aujourd’hui prise au piège, dans la gueule du dragon syrien d’une part, et sous les feux de la dissension interne de l’autre.
  La spéculation politique sur la situation géographique d’Ersal, pierre de touche sunnite dans la région, a accouché de pas moins de 5000 éléments armés disséminés dans le jurd (l’arrière-pays aride et dénudé), qui s’étend de Qaa, dans le bassin du fleuve Al-Aassi (Oronte), à Maarboun dans le caza (district) de Baalbek, et qui est ouvert sur la localité syrienne de Serghaya.
  Il y a environ deux semaines, le Hezbollah a fait défiler son armée, munie de tout son équipement, dans les villages de la région. D’aucuns se sont sentis provoqués par cette parade, inhabituelle et surtout inappropriée, dans cette période où la folie sectaire est attisée… Les réseaux sociaux se sont mis à alimenter toutes sortes de rumeurs – parmi lesquelles émergent parfois quelques faits avérés – sur les dangers menaçant les localités voisines du jurd. Pas un jour ne se passe sans que n’émerge un nouveau scénario sur un affrontement armé ici ou là, alors que la population s’enfonce dans un désarroi grandissant.
  (…) Les éléments armés qui se sont enfuis de Qalamoun, en Syrie, et se sont dispersés dans les jurds syriens et libanais, dans l’est du massif de l’Anti-Liban, ont voulu transposer le conflit à l’intérieur du Liban. Il devient urgent, stratégiquement et militairement, d’empêcher « Daech » et ses semblables de s’implanter et de réaliser l’expansion de leur État en Irak, en Syrie, et dans toute la région qui va de Homs à Qousseyr, ainsi que dans une partie du nord de la Bekaa… voire, au-delà, dans tout le nord du Liban.
  La prise en otage sécuritaire de cette région ne s’est pas limitée à Ersal et sa périphérie (Ersal, dont le jurd est devenu la voie de passage des voitures piégées et des ceintures pour kamikazes provenant de Qalamoun et destinées aux régions chiites libanaises).
  Avec ces hommes armés présents ostensiblement dans le jurd rattaché à Ersal, entre les villes d’Al-Fâkiha et Ras-Baalbek, et plus précisément dans le secteur séparant Kharkhouna et Markoula, apparaît le spectre des communiqués qui ont menacé les chrétiens et leurs églises, et suscité leurs appréhensions. Des appréhensions liées à la sécurité perdue d’Ersal, accroissant les angoisses de tous les habitants de la région, sunnites et chiites confondus.

23 juillet 2014.