Les membres de la Campagne civile pour la préservation de Dalyeh-Raouché ont lancé un appel aux citoyens pour qu’ils se joignent à eux dans la lutte pour la sauvegarde de ce site. Il s’agit de manifester leur ferme opposition à la violation de leur droit de jouir des rares espaces publics qui subsistent encore dans la capitale libanaise, et qui leur sont interdits, l’un après l’autre, jour après jour.
   Un groupe de citoyens de tous âges, se présentant comme des « amoureux de la ville, de Raouché et de la mer », a manifesté dernièrement sa colère contre les investisseurs, avec ce slogan : « Dégagez votre chantier de notre Raouché ! » (ndlr : cette formule tire son effet de la paronymie des mots « chantier » et « Raouché » en arabe).
   Ces citoyens ont organisé un sit-in sur la corniche maritime, en face de son célèbre rocher, pour confirmer leur droit légitime d’agir pour la préservation de la ville. Car Beyrouth, cœur de la nation, est sur le point de perdre la promenade et le port de Dalyeh, dont Raouché est le centre proprement dit. Cette agression est illustrée par les blocs de béton qui ont envahi le lieu, par les poteaux qui ont été érigés dans le but de le clôturer, et de manière encore plus flagrante, par les sommes qui ont été versées à la majorité des ayants droit et des pêcheurs pour les en expulser.
   Cela ressemble fort aux premières étapes de la mise en œuvre d’un projet touristique privé, qui interdirait définitivement la zone au peuple. Beyrouth n’a plus d’une péninsule que le nom, si l’on considère les difficultés que rencontrent ses habitants pour accéder à sa plage et à sa mer, alors que c’est l’un de leurs droits sacrés, dont la spoliation, dans les lieux mêmes où ils vivent, dénature leur relation à la mer.
   Des rapports documentés (ceux de la Banque mondiale notamment) indiquent que le littoral de la capitale est usurpé par les propriétaires des stations balnéaires, des hôtels et des ports de plaisance privés.
   Ces mêmes rapports révèlent que les décideurs financiers et politiques se sont approprié 81% des zones côtières qui s’étendent de Jounieh à l’Aéroport international de Beyrouth. Bon nombre de ces infractions à l’encontre du littoral et du droit public ont été commises pendant la guerre civile.

Le site de Dalyeh en quelques lignes
   Dalyeh, situé en face du Rocher, représente « le trésor géologique, historique, écologique et social unique que nous avons hérité des générations précédentes ».
   Dalyeh a constitué au fil de longues décennies « un espace public ouvert à la population de Beyrouth et à tous les adeptes du site ». Il s’étend sur une vaste zone face à la mer, dans ce qui constitue un prolongement naturel de la fameuse Grotte aux pigeons. Dalyeh est un lieu de prédilection pour ceux qui aiment contempler la mer, pour les promeneurs, les baigneurs ou les joggeurs. Il comprend deux ports de pêche, dont l’un organise des excursions en bateau tout le long de la côte de Beyrouth. D’autre part, Dalyeh est doté de plusieurs grottes maritimes (environ six), ce qui en fait un site de haute valeur écologique, et un environnement côtier essentiel pour la biodiversité ainsi que pour le patrimoine historique et touristique. Mais, par-dessus tout, Dalyeh est « l’un des derniers espaces publics ouverts offrant un accès gratuit à la mer, dans une ville qui regorge de centres balnéaires, de grands hôtels et d’autres structures privées qui s’adressent à une très petite tranche de la société et qui engloutissent les espaces collectifs ».
   En ce qui concerne les dangers qui menacent actuellement Dalyeh, ils sont matérialisés par ce projet immobilier qui sera bientôt mis à exécution. Ce dernier met en péril les repères du site, il le dépouille de sa raison d’être et de sa dimension de port public sans équivalent à Beyrouth ; il entend le transformer en un lieu privé à l’instar de tous les autres, disséminés déjà le long du littoral libanais, et, fait bien plus grave, en interdire tout accès au peuple.
   C’est dès 1995 que des terrains ont commencé à être acquis par quelques sociétés immobilières, mettant la main sur la plus grande partie des lots. Aujourd’hui ces sociétés sont en train de déclencher un « projet immobilier ou hôtelier empiétant sur un domaine hérité du passé et spontanément partagé par la collectivité, sans prendre en considération l’intérêt public ».
   Les membres de la Campagne civile ont invité « toutes les autorités, y compris la municipalité de Beyrouth, son gouverneur, le ministère des Travaux publics, l’Ordre des ingénieurs et des architectes de Beyrouth ainsi que d’autres associations et institutions civiles concernées, à prendre les mesures nécessaires pour prévenir cette perte irréparable ».
   Mettant en exergue l’importance écologique de Dalyeh, la Campagne appelle les autorités publiques concernées « à soumettre n’importe quel projet à l’évaluation de son incidence environnementale sur le site, selon la loi n° 444 de la protection de l’environnement, en vigueur depuis le 29/7/2002. Cette loi stipule, dans l’article 21, que les parties concernées dans les domaines public et privé doivent procéder, dès le départ, à des études préalables pour évaluer l’impact écologique des projets qui peuvent menacer l’environnement, en raison de leur taille et de la nature de leurs activités ». La Campagne civile a également exigé de revenir au plan directeur initial d’aménagement de la ville de Beyrouth, publié en 1954, qui avait promulgué l’interdiction de toute construction, quelle qu’en soit la nature, le long du littoral de Raouché.
   En outre, les citoyens protestataires ont élevé la voix pour exiger l’annulation « du décret n°  4810-1966 ainsi que des modifications apportées par le décret 169-1989, qui ont permis la privatisation du domaine public dans la zone 10 de Beyrouth ». Le décret n° 169 avait en effet été publié sans prendre en considération le point de vue du Conseil supérieur de l’urbanisme ni celui du Conseil municipal de Beyrouth, ni même celui du Conseil d’Etat. Les membres de la Campagne ont en outre exhorté les habitants de Beyrouth à fréquenter plus souvent Dalyeh-Raouché et à exercer leur droit de libre accès à la côte et à la mer.

Ndlr : les citations sont extraites des propos des organisateurs de la Campagne civile pour la préservation de Dalyeh-Raouché.
Article paru dans As-Safir, le 12 mai 2014, et actualisé pour le Safir francophone.
Traduction adaptée.