Les mots sont impuissants à exprimer la haute estime en laquelle je tiens cet ami, cet autodidacte qui a laissé derrière lui son Chmestar natal, un village niché au creux de la Bekaa, pour se lancer, armé de sa plume, à la conquête de Beyrouth, capitale rebelle à toute description.
   Comme lui, j’ai quitté mon Sud natal, mon village d’Al Kafir, avec, pour tout bagage, l’ambition et l’espoir. Comme lui aussi, je me suis mise en quête de mes repères parmi les citadins.
   Son ambition était portée par une plume qui sait se frayer un chemin malgré les aspérités de la route, une volonté forte, un sérieux inébranlable et une loyauté inconditionnelle à son métier et à sa pensée.
   S’il est vrai qu’il a vécu à Beyrouth, il n’a pourtant pas lâché la charrue qui transforme les terres en friche en luxuriantes oasis. Fort de sa volonté et des vertus de bonté et de piété transmises par ses parents (par sa mère, particulièrement), il se met à gravir les échelons, porté par un vif désir de magnifier sa plume et son pays, recherchant, au détour de chaque lettre tracée, ce qu’il y a de meilleur au service de la dignité humaine et de la grandeur des nations.
   Le journalisme est resté sa préoccupation majeure. Toutefois, poussé par les élans lyriques inspirés des matinées et des soirées de son village natal, des prières, aussi, de sa mère aimante, il est parvenu par sa plume à ancrer sa présence littéraire et poétique, créant ainsi un équilibre harmonieux entre le monde de la presse et l’univers des lettres.          
   Lorsque Talal rédige ses articles politiques, il se fait un devoir de les transfigurer par les lumières de son esprit, un esprit ambitionnant sans relâche les réformes et soucieux de réaliser le meilleur pour ses concitoyens et pour l’humanité.
  Point de flatteries ni de flagorneries : ce sont ses convictions et ses idées qu’il couche sur le papier. Une fois son édito politique signé de son nom entier, il réalise, dans son for intérieur, qu’il n’a pas tout dit de ce qu’il cherchait à dire. Il existe en effet un lyrisme tapi au fond de son être comme un oiseau en cage, et qui n’aspire qu’à sortir au grand jour pour y déployer librement ses ailes. Il finit toujours par retourner à son texte pour déverser des élans de tendresse dans les mots de la rubrique qu’il s’est créée sur mesure, « En marge de la politique » (« Al Hawamech »).
   Aujourd’hui au faîte de sa gloire journalistique, rédacteur en chef d’un quotidien phare qui s’est taillé une place de choix, non seulement dans les médias mais également dans les consciences et les cœurs, Talal n’épargne pas sa personne ni ne s’isole en haut d’une tour d’ivoire. Lui, le paysan authentique, il demeure en contact permanent avec les événements et les hommes. Il rend hommage à ceux qui méritent d’être honorés, il participe aux rencontres littéraires et aux séminaires, il s’exprime sous le couvert de la « marge » dans « Al Hawamech », quoique de manière lapidaire, rappelant la beauté des actes et de l’innovation, dès qu’un tel rappel s’impose. Dans le même temps, il reste à l’affût de tout ce qui pourrait contribuer au bien-être et au développement de la nation et de l’être humain.

Émilie Nasrallah est une romancière libanaise. Son premier recueil de nouvelles, Oiseaux de Septembre, a remporté trois prix de Littérature arabe et est depuis enseigné dans les écoles du Liban.