Je ne sais pas dans quelle mesure les lecteurs français et francophones connaissent As-Safir

   As-Safir est d’abord un quotidien politique arabe fondé par le journaliste Talal Salman. 

   Le premier  numéro parut le 26 mars 1974, avec ces devises : « Le journal du Liban dans la nation arabe ­ Le journal de la nation arabe au Liban », ainsi que « La voix des sans-voix ». Et depuis cette date, il n’a cessé de s’atteler à appliquer ces deux devises.

   Dès la parution du deuxième numéro, une première action en justice fut intentée contre le journal. Puis les procès se succédèrent, jusqu`à seize la première année, mais sans qu’aucune condamnation ne fût jamais prononcée à son encontre.

   Depuis la parution de son premier numéro, As-Safir s’enorgueillit d’offrir la pensée et les talents de nombre de collaborateurs qui ont brillé dans la pensée arabe contemporaine. Nous n’en citerons que quelques-uns : Yassine el-Hafez, Ismat Seif el-Daoula, Saadallah Wannous, Georges Corm, Moustafa el-Husseini, Ibrahim Amer, Bilal el-Hassan, Hazem Saghieh, Hussein el-Aoudate, Michel Kilo, Abderrahmane Mounif, Rifaat es-Saïd, Émile Bitar, Tarek el-Bachri, Sélim el-Hoss, Fehmi Houeidi, Salaheddine Hafez, Clovis Maksoud, Assaad el-Mouqaddam, Joseph Samaha, Hani Fahs, Hussein Abderrazzak, et d’autres dont les noms sont devenus indissociables de la politique et de la culture arabes, comme le caricaturiste martyr Naji el-Ali, qui fut l’une des figures du journal avant son décès.

   As-Safir fit plusieurs fois l’objet d’actes d’intimidation, notamment lorsque son imprimerie fut plastiquée en 1980, puis lors de plusieurs tentatives de dynamitage du domicile de son rédacteur en chef, Talal Salman, qui a également échappé à une tentative de meurtre. Cela sans même parler des tirs de roquettes et des charges explosives qui visaient constamment le bâtiment du journal durant la guerre civile.

   C’est le seul organe de presse qui n’ait jamais interrompu son travail, même un seul jour, durant l’invasion israélienne de 1982, quoique sa distribution fût alors limitée aux rues de la capitale du fait du blocus imposé par l’État hébreu.

   As-Safir fut suspendu trois fois suite à des arrêts émis par le gouvernement libanais, le dernier en 1994, lorsqu’un acte judiciaire interrompit sa parution durant une semaine, l’accusant de « publier un document contenant des informations dont la divulgation nuit à la sûreté de l’État ». Il s’agissait alors de la traduction arabe de la proposition présentée par le chef de la délégation israélienne à son homologue libanaise, avec laquelle il négociait à Washington. Une solidarité populaire des différents courants politiques appuya alors As-Safir contre ce verdict fortement contesté. Dans la foulée, la loi sur les imprimés fut modifiée, interdisant la suspension des journaux avant le rendu de la condamnation, ainsi que l’arrestation préventive des journalistes.

   Aujourd’hui, en sus de la couverture quotidienne des événements, As-Safir publie chaque semaine les suppléments suivants : As-Safir sportif, Extraits de la presse de l’ennemi, L’environnement, Jeunesse, As-Safir culturel, Palestine, As-Safir arabe, et le dernier-né, Le Safir francophone.

   Il convient d’ajouter que le journal As-Safir entreprend aussi depuis sa fondation la formation de nouveaux journalistes et de diplômés universitaires dans le domaine des médias, parmi lesquels plusieurs de ses rédacteurs les plus doués. D’ailleurs, des dizaines de ceux qui y ont été formés occupent des postes-clés dans plusieurs journaux au Liban et à l’étranger, ainsi que dans les agences d’information internationales et dans l’audiovisuel. Être formé au Safir équivaut à un diplôme de journalisme fiable et prestigieux.