Quels qu’en furent les outils et les exécutants, tout indique aujourd’hui que c’est Israël qui se tenait derrière la tentative d’assassinat de Talal Salman. Lui-même en a de plus en plus la conviction, d’autant qu’il s’était insurgé contre l’accord du 17 mars 1983, durant le mandat d’Amine Gemayel, accord qui stipulait la fin de la guerre et un retrait israélien conditionné par un retrait simultané des forces palestiniennes et syriennes, tout en accordant un droit de police à l’armée israélienne dans le Liban-Sud.

   Les organisations sionistes placent Talal Salman en tête des journalistes ennemis d’Israël – et il en est conscient. « Ce classement est un honneur pour moi », commente-t-il. « Mais… n’avez-vous pas peur, M. Salman ? », lui ai-je demandé un jour. « Nous avons tous peur – et c’est humain », me répondit-il. « Mais depuis ma première tentative d’assassinat, ma relation avec la peur a changé. J’ai en quelque sorte intériorisé ma peur, je m’accommode de ma peur, c’est-à-dire qu’elle n’est plus à même de constituer un obstacle quelconque à ma liberté d’expression ».